2 juin 1946: Monarchie ou République? 

«Dans quelques jours les Italiens auront à se prononcer pour ou contre la monarchie», rappelait La Vallée d’Aoste du 25 mai 1946, une semaine avant le référendum national. 
Selon l’article, le règne d’Humbert II de Savoie serait probablement bref, puisque communistes, socialistes, Parti d’Action et une partie importante de la démocratie chrétienne regardaient vers la République. Mais comment les Italiens allaient-ils voter? Et surtout, comment se comporteraient les Valdôtains? 
Le journal se demandait: «Voteront-ils pour le Roi ou pour la République?». On estimait que la plupart des Valdôtains «se soucient peu du régime futur de l’Italie. Pour eux la question est tout-à-fait secondaire». Le véritable problème n’était pas la forme de l’État, mais le rapport avec le pouvoir central italien: «Ils ont marqué très nettement leur volonté de ne dépendre que le moins possible du pouvoir central italien». 
Que l’Italie soit dirigée par un roi ou par un président de la République semblait donc presque secondaire: «La seule question qui se pose pour eux est de savoir sous quel régime ils auraient le plus de chances d’être indépendants». Ni la monarchie ni la république ne semblaient alors offrir de garanties suffisantes à la Vallée d’Aoste. 
Suivait une critique sévère de la Maison de Savoie qui, petit à petit, avait affaibli les anciennes prérogatives valdôtaines. La conclusion apparaissait nette: «Vraiment, le sort de la maison de Savoie importe peu aujourd’hui aux Valdôtains». 
Le scrutin du 2 juin laissait donc beaucoup de Valdôtains relativement indifférents. La population attendait surtout autre chose: «le plébiscite qu’il ne cesse de réclamer depuis un an», c’est-à-dire la possibilité de se prononcer «sur le sort de son pays d’Aoste». 
Les mois qui précédèrent et suivirent furent marqués par de fortes tensions politiques, entre courants séparatistes, indépendantistes et autonomistes. La «circonscription autonome» instituée par les décrets du 7 septembre 1945 ne représentait alors qu’un point de départ, une autonomie encore à construire. 
Une grande étape historique s’ouvrait pour la Vallée d’Aoste, et elle passait aussi par ce 2 juin 1946. Le reste, on le connaît.

Mauro Caniggia Nicolotti

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