Aoste, la Rome des Alpes

Se promener dans Aoste revient presque à feuilleter un manuel d’archéologie à ciel ouvert: un arc honorifique, une porte monumentale, les remparts, le théâtre, le cryptoportique. Ces pierres romaines ont fini par donner à la ville un surnom resté célèbre: la Rome des Alpes.
Mais quand cette expression apparut-elle vraiment?
En fouillant les journaux du XIXe siècle, la plus ancienne mention que j’ai retrouvée remonte, pour l’instant, à 1850. On ne parlait toutefois pas encore de « Rome des Alpes », mais de « Rome du Piémont ». À cette époque, le Piémont désignait le cœur politique des États de Savoie, bien avant l’unité italienne.
Entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, avec les premières grandes circulations touristiques et les guides illustrés, l’image évolua. Aoste ne fut plus seulement rattachée à un espace politique, mais à tout l’arc alpin. La première trace connue de l’expression « Rome des Alpes » remonte à 1901.
Le fascisme reprit ensuite largement ce surnom. Le régime exaltait la romanité comme fondement de la nation italienne et Aoste, avec ses monuments antiques, devint un terrain idéal de propagande, jusque dans la lutte contre l’autonomisme valdôtain et la francophonie locale.
Aujourd’hui, l’expression a retrouvé un sens plus culturel et touristique. La « Rome des Alpes » n’évoque plus un slogan politique, mais la capacité unique d’Aoste à faire surgir l’Antiquité au détour de chaque rue.
Mauro Caniggia Nicolotti
