Corrado Gex, une mémoire qui nous interroge

Certaines figures ne demeurent pas dans l’histoire uniquement pour ce qu’elles ont accompli, mais aussi pour l’espérance qu’elles ont fait naître. Corrado Gex appartient à cette catégorie.
Soixante ans après sa disparition, la Vallée d’Aoste continue de le regarder non seulement comme un homme du passé, mais comme une promesse interrompue. Un jeune Valdôtain capable d’unir enracinement et ouverture, fidélité à sa terre et vision de l’avenir, passion politique et compétence concrète. Un homme qui sut vivre l’autonomie non comme la défense fermée d’un privilège, mais comme une responsabilité envers un peuple, une langue, une culture, une montagne.
Corrado Gex fut homme politique, administrateur, parlementaire, pilote. Mais il fut avant tout un Valdôtain profondément conscient de son appartenance. En lui coexistaient l’amour de la Vallée d’Aoste et la capacité de regarder au-delà de ses frontières. Il n’était pas un homme replié sur la nostalgie. Il était un homme de l’action, du mouvement, du lien. Même le vol, dans sa vie, ne fut pas seulement une passion personnelle : il fut le signe d’une Vallée d’Aoste qui voulait sortir de l’isolement, se relier, être présente, ne pas rester en marge.
C’est pourquoi 2026, année du soixantième anniversaire de sa mort, n’est pas pour l’Union Valdôtaine un simple rendez-vous commémoratif. C’est une occasion de se confronter à nouveau à ce que Gex a représenté et continue de représenter. Le Mouvement a choisi de lui consacrer des initiatives et des moments de mémoire parce que sa figure appartient à la part la plus vivante de notre histoire : celle d’une Vallée d’Aoste fière, autonome, francophone, alpine, mais aussi moderne, européenne, capable de dialoguer avec le monde.
Se souvenir de Corrado Gex signifie donc se souvenir d’une possibilité. La possibilité d’une politique élevée, enracinée et courageuse. La possibilité d’une classe dirigeante jeune, préparée, capable de servir sa terre sans l’enfermer. La possibilité d’une autonomie vécue non comme une formule administrative, mais comme un projet collectif.
C’est précisément pour cela que sa mort ne peut être traitée comme une page ordinaire.
Pendant des décennies, la tragédie du 25 avril 1966 a été confiée à la reconstitution de l’accident aérien, du mauvais temps, de l’erreur humaine. Une conclusion qui a accompagné la mémoire publique de Gex, sans toutefois éteindre complètement des interrogations, des doutes, des questions restées en marge.
Aujourd’hui, à la lumière des éléments récemment apparus, ces questions ne peuvent être simplement mises de côté. La prudence demeure totalement indispensable : personne ne peut affirmer avec certitude quelles ont été les causes réelles de la mort de Corrado Gex.
Toutefois, la présence du gaz neurotoxique ne permet pas, en l’état des connaissances, d’établir avec certitude son rôle dans le décès. En revanche, il est désormais légitime de considérer qu’il a pu jouer un rôle, direct ou indirect, dans les événements ayant conduit à la tragédie.
L’histoire telle qu’elle a été racontée pendant soixante ans ne peut plus être considérée comme suffisante, car quelque chose d’autre, manifestement, est venu s’ajouter à cette reconstitution.
Il ne s’agit pas de céder aux conclusions hâtives, mais de reconnaître que, désormais, il n’est plus possible de faire comme si rien n’avait changé.

2xmille