Deux femmes valdôtaines et la Seconde Guerre mondiale

Ce soir-là, à Aoste, un homme en chaussures de ski et veste de velours jouait de l’accordéon devant le cinéma où l’on projetait George Formby dans « I Want to Fly ».À l’intérieur, une foule de soldats applaudissait. Elle riait aux plaisanteries et au ukulélé de l’acteur, retrouvant pour quelques instants leur Amérique désormais très lointaine.Dans la rue, ceux qui étaient restés dehors, surtout des Valdôtains, dansaient joyeusement en essayant de suivre les rythmes du swing apportés par les Américains jusque dans les Alpes.
La guerre venait de se terminer depuis quelques jours et les envoyés spéciaux, abandonnant les chroniques du conflit, commencèrent aussi à s’intéresser aux réalités régionales et aux figures proprement locales. L’un de ces tableaux fut décrit le 22 mai 1945 par James Cooper, envoyé du « Daily Express », qui donna à son article le titre : « Deux femmes dirigent une guerre ».
Dans cette Vallée d’Aoste présentée au journaliste britannique comme un « paradis de vergers de pêchers et de rivières bleues », se joua pourtant une situation complexe. Un moment charnière, destiné à peser sur l’avenir de la région. Plusieurs idées s’affrontèrent sur le destin valdôtain : indépendance, Suisse, France, Italie.
Cooper écrivit qu’« un tunnel à travers le Mont-Blanc » aurait favorisé le rattachement à la France, soutenu par une partie de la population. Il nota également une autre orientation, plus répandue parmi les habitants : une forte autonomie, soutenue notamment par le Comité de Libération piémontais, qui avait promis le « rétablissement de l’enseignement du français dans les écoles ».
Au milieu de tout cela — et des « chars américains qui grondaient à travers cette petite ville encadrée de montagnes afin de maintenir l’ordre » — Cooper mit également en lumière l’action de deux femmes, deux partisanes, dans un cadre que la mémoire a souvent restitué comme exclusivement masculin.
Marie-Céleste Perruchon — veuve d’Émile Chanoux, figure marquée par le sacrifice de la Résistance (« tué par les fascistes un an auparavant ») — et Maria Ida Viglino. Institutrice. Nom de guerre : « Piera ». Leurs noms apparurent dans les pages de l’époque. À leurs côtés — il convient de le souligner — de très nombreuses autres femmes contribuèrent de manière déterminante à la lutte de libération contre la folie nazi-fasciste.
Et tandis que, comme le rapportait Cooper, « le major Ernest Sowell, de Penrith, Glamorgan, commissaire allié, déclara que la vallée resterait italienne jusqu’à la conférence de paix » de Paris, les événements prirent une direction précise. Le 7 septembre 1945, la Vallée d’Aoste fut déclarée autonome par Umberto de Savoie.
La République italienne en reconnut le statut spécial le 26 février 1948.
Autonomie valdôtaine de femmes et d’hommes.

Mauro Caniggia Nicolotti

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