Émile Chanoux, cent ans d’une même question

En évoquant Émile Chanoux, torturé puis tué par les nazifascistes le 18 mai 1944 à seulement trente-huit ans, revient à l’esprit un court texte qu’il rédigea durant l’été 1923.
Le jeune Chanoux avait alors lu, à la une du journal parisien des émigrés valdôtains, cette question provocatrice: «Si pour conserver nos traditions et notre caractère valdôtain il vous fallait supporter des contradictions et même rencontrer des persécutions, le feriez-vous?».
La réponse fut immédiate: «Oui, je réponds, et je crois de répondre au nom de tous les vrais Valdôtains; je réponds sans hésitation, sans un doute, oui […] parce que nous combattons pour l’idéal valdôtain […]» (“La Vallée d’Aoste”, 25 août 1923).
Derrière ces lignes apparaissait déjà une conviction appelée à rester centrale dans sa pensée comme dans ses choix: une communauté n’existe véritablement que si elle connaît ses racines, son histoire et son caractère.
Chanoux ne se contenta pas d’affirmer ces idées – il leur resta fidèle jusqu’au sacrifice de sa vie. Et plus d’un siècle après ces réflexions, ses paroles gardent encore toute leur force.
L’identité valdôtaine ne peut être réduite à quelque chose de dépassé ou de passéiste. Elle plonge dans un patrimoine ancien d’expériences, de coutumes, de langues, de mémoire et de sensibilité collective forgé au fil des siècles. Un véritable esprit de communauté qui permit aussi l’octroi de l’autonomie moderne.
Aujourd’hui, l’enjeu est sans doute de faire vivre ces racines en les actualisant continuellement dans notre manière d’être et de sentir. Heureusement, notre époque ne demande plus un sacrifice comme celui affronté par Chanoux; elle exige cependant un engagement. Et cet engagement commence peut-être précisément ici: mieux connaître ce que nous avons été pour comprendre ce que nous voulons continuer à être.
Mauro Caniggia Nicolotti
