Franchir les rails pour relier Aoste

Pendant trop longtemps, les rails ont marqué à Aoste une frontière plus qu’un lien. Au nord, le centre historique ; au sud, la Dora, la télécabine de Pila, les grands axes de communication et une partie de la ville dont le potentiel reste encore largement à exprimer. La rencontre « Nord-sud : franchir les rails pour relier Aoste », organisée le 1er octobre dans la salle ducale de l’Hôtel de Ville par le Groupe Union Valdôtaine au Conseil de la Ville, a permis de remettre au centre une question qui dépasse largement le seul avenir de la voie ferrée : quelle ville voulons-nous construire autour de sa Porta Sud ?
Le syndic Raffaele Rocco et l’assesseur aux Travaux publics Corrado Cometto ont dressé un tableau des projets, des études et des perspectives qui concernent ce secteur stratégique. Des réflexions menées avec le Politecnico di Torino aux orientations du Plan régional des transports, plusieurs éléments existent déjà. Il s’agit désormais de les inscrire dans une vision d’ensemble capable de relier mobilité, développement urbain, tourisme et qualité des espaces publics.

La question de la ligne Aoste-Pré-Saint-Didier reste naturellement au cœur de cette réflexion. L’avenir du transport vers la haute Vallée devra tenir compte des différentes solutions envisagées, parmi lesquelles un système de type metrobus ou BRT. Mais, au-delà du choix qui sera fait, un besoin demeure : réduire la césure que représente aujourd’hui la voie ferrée et rendre plus directe la relation entre les deux parties de la ville.
C’est dans cette perspective que s’inscrit l’hypothèse d’un franchissement à niveau, éventuellement provisoire dans une première phase, permettant de prolonger naturellement l’axe urbain vers Bramafam et la télécabine de Pila. Selon le syndic, l’acquisition de l’infrastructure ferroviaire par la Région pourrait ouvrir de nouvelles possibilités d’intervention. Les études réalisées jusqu’ici prévoient également d’autres solutions de franchissement, à évaluer en fonction de l’avenir même de la ligne.

Mais réduire la Porta Sud à la seule traversée des rails serait manquer l’essentiel. L’enjeu est d’en faire une véritable porte d’entrée de la ville : un espace où laisser sa voiture, rejoindre les transports publics, accéder au centre historique à pied et, dans l’autre direction, atteindre facilement la télécabine et la montagne.
Les projets élaborés au fil des années imaginent ainsi une nouvelle place, des parcours arborés, des espaces de services, des stationnements et un pôle d’échange des transports dans le secteur de la rue Premier Mai. Une transformation qui permettrait aussi de valoriser une zone longtemps considérée comme périphérique, alors qu’elle se trouve aujourd’hui au croisement de plusieurs des principaux flux d’accès à Aoste.
Dans cette logique s’inscrit aussi la réflexion sur un nouvel accès depuis la voie rapide. Un échangeur capable d’orienter directement une partie du trafic vers la Porta Sud pourrait contribuer à réduire la pression automobile sur le centre et à faire de ce secteur un véritable lieu d’accueil, où le visiteur laisse son véhicule pour poursuivre vers la ville ou vers la montagne avec d’autres moyens de transport. Une hypothèse qui demande encore des approfondissements techniques, mais qui participe d’une vision plus large de l’accès à Aoste.
La croissance de l’attractivité de Pila a d’ailleurs profondément changé les équilibres. La liaison entre le centre-ville et la télécabine ne peut plus être considérée comme secondaire : elle est désormais l’un des éléments autour desquels penser l’organisation future de cette partie d’Aoste. Rendre cette connexion plus simple, plus agréable et plus lisible signifie rapprocher la ville de sa montagne, tout en améliorant la qualité urbaine pour ceux qui vivent Aoste au quotidien.

Franchir les rails ne signifie donc pas faire disparaître la voie ferrée. Cela signifie supprimer une césure, rendre la ville plus perméable, rapprocher son centre de la montagne et donner enfin une identité à sa Porta Sud.
Les études existent, plusieurs projets sont déjà sur la table et le contexte est en train d’évoluer. Il faut désormais faire en sorte qu’une réflexion engagée depuis des années puisse progressivement devenir un véritable projet de ville. Parce que relier le nord et le sud d’Aoste, c’est aussi relier Aoste à son avenir.

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