Halte-là ! Êtes-vous Valdôtains ou Italiens ?

Même au cœur des guerres du XVIe siècle, les Alpes restaient un espace de passage entre la Méditerranée et le reste de l’Europe. Après les invasions françaises du Duché de Savoie, la Vallée d’Aoste se retrouva pratiquement seule. Les ducs s’étaient retirés de Chambéry à Verceil et la région conserva son autogouvernement à travers le Conseil des Commis, jusqu’à devenir un véritable pays neutre.
Une lettre du 5 septembre 1551, écrite par un officier du château de Saint-Jacques – forteresse située le long de la route entre Milan et Vienne – à son commandant, restitue un épisode significatif. L’auteur signalait à son supérieur la présence de nombreux voyageurs sur les chemins conduisant dans la région. Beaucoup affirmaient venir de la Vallée d’Aoste, libres de circuler grâce aux accords conclus avec le roi de France.
Mais l’auteur nourrissait plus d’un doute: «Ceulx de la Vaulx d’Augste ne bougent poinct pour le présent». Le procédé était clair: «Il y a beaucoup de gens d’Italie qui s’afuble de leur manteau, disant qu’ilz sont de la Vaulx d’Augste», cherchant ainsi à franchir plus aisément les routes surveillées.
Comment réagir face à ces faux Valdôtains? Quelques années plus tard, les habitants de la Vallée durent respecter des règles strictes: ne porter ni croix, ni écharpes rouges des Savoie, éviter les garnisons sans sauf-conduit et porter une attestation du bailli d’Aoste. Même les monnaies frappées à Aoste, «aux coings et armes de Savoie», furent interdites en France afin d’éviter la circulation de symboles savoyards.
En 1559, avec le retour des Savoie, la Vallée d’Aoste réintégra l’administration savoyarde, mais en conservant non seulement ses anciennes prérogatives d’autogouvernement, mais aussi celles héritées de ces années de neutralité.
Mauro Caniggia Nicolotti
