Congrès

Le Congrès national est le plus haut moment de la vie démocratique de l’Union Valdôtaine. Lieu de débat, de participation et de choix, il rassemble le Mouvement autour des grandes orientations politiques et de son avenir.
Le Congrès se décline en trois formes : le Congrès national, convoqué tous les cinq ans, rendez-vous majeur de renouvellement démocratique au cours duquel sont notamment désignés la présidence du Mouvement et les orientations statutaires ; le Congrès national extraordinaire, réuni lorsque les circonstances l’exigent ou à la demande des instances compétentes ; et le Congrès national thématique, organisé chaque année afin d’approfondir des sujets particuliers intéressant la Vallée d’Aoste, le Mouvement et son action politique.
Sont publiés ici les Congrès nationaux et extraordinaires. Pour les Congrès thématiques, un travail de collecte, de classement et de numérisation des archives est actuellement en cours.

Saint-Vincent, le 16 juin 2024

L’intervention de l’ancien président

Joseph-César Perrin

Chères amies et chers amis unionistes,
nous voilà finalement au grand jour, ce jour que j’ai depuis longtemps fortement souhaité et qui finalement est arrivé ; jour qui voit les forces autonomistes et fédéralistes jusqu’à hier dispersées se réunir pour former de nouveau un fort Mouvement au service de la Vallée d’Aoste et de tous ses habitants.
Hélas, à ce moment si important je ne suis pas présent car pour des engagements de famille je suis en Suisse ; mais le cœur est avec vous tous et je ne peux pas, je ne veux pas, laisser passer cet événement historique sous silence, sans vous adresser deux mots, ceux d’un vieux unioniste aux cheveux blancs mais qui porte toujours la flamme de sa lointaine jeunesse quand, à peine sorti de mon adolescence, j’ai été attiré par les batailles conduites par l’Union Valdôtaine pour la pleine affirmation de notre autonomie et l’épanouissement de notre peuple et j’y ai adhéré en essayant d’apporter en ces bientôt soixante-dix ans de militance ma modeste contribution mais en recevant beaucoup plus de ce que j’ai donné : la présidence du Mouvement même pendant dix ans, l’élection au Conseil régional, la charge d’assesseur à l’Agriculture…
Et je ne peux pas oublier toutes et tous les unionistes qui au cours de la longue vie de notre Mouvement ont travaillé – par des charges ou par leur simple adhésion – pour que l’Union Valdôtaine vive, toutes ces femmes et ces hommes qui dans les moments de gloire ou dans les périodes de difficulté ont contribué à faire sa grandeur. Un grand nombre d’entre eux, trop nombreux hélas, ne sont plus là pour savourer cette union retrouvée et qui se seraient réjouis de voir les Valdôtains autonomistes et fédéralistes qui s’étaient dispersés pour de multiples causes mettre de côté les anciennes mesquineries pour se réunir nouvellement autour des idéaux qui nous unissent.
En remerciant la commission spéciale qui par son travail nous a conduit à l’étape d’aujourd’hui et avec elle les responsables et les membres de nos mouvements autonomistes qui l’ont appuyée et secondée et en saluant tous unionistes anciens et nouveaux ici présents, je souhaite un travail profitable au président qui sera élu en ce congrès ainsi qu’aux organes du Mouvement qui en découleront et je me permets de vous soumettre quelques considérations sur notre avenir.
Tout d’abord, en paraphrasant l’abbé Joseph-Marie Trèves qui conseillait à ses confrères, afin que leur œuvre pastorale soit profitable, de « sortir des sacristies », je me souhaite que nos futurs dirigeants sortent du Siège central et nos élus du Palais pour descendre parmi le peuple car il nous faut être de nouveau bien présents sur le territoire, parler aux gens, écouter les besoins de la population afin de mieux ancrer nos choix politiques et administratifs. Pendant trop longtemps nos sections ont été un peu trop oubliées : les recomposer est donc l’un des premiers devoir car ce sont elles qui, en regroupant nos militants, ont constitué dans le passé notre force et qui devront à l’avenir nous redonner toute l’énergie nécessaire pour notre combat. Or celui-ci demandera toujours plus d’efforts car le moment n’est pas propice aux autonomies spéciales. Certes, nous ne devons pas craindre un retour au fascisme mais des formes sournoises de certains méfaits du passé sont de plus en plus évidentes et le danger d’une centralisation étatique poussée à ses extrêmes est à nos portes. Il suffit de penser à l’exaltation du concept de « nazione italiana », d’un nationalisme populiste en vogue dans la droite, principe qui tend volontairement à détruire les véritables nationalités, telles que la nôtre, qui composent l’Italie et qui en font sa fortune. Face à cette volonté d’uniformisation destructrice de la diversité ethnique qui est une richesse culturelle à préserver coûte que coûte, l’Union Valdôtaine a le devoir d’agir. Et pour faire cela, en suppléant à la carence de l’école, elle devra devenir la promotrice de croissance culturelle car nous devons malheureusement constater la trop grande carence de connaissance de notre passé, des raisons de notre autonomie, des piliers sur lesquels elle s’appuie, de notre spécificité ethnique, culturelle, linguistique… Cela sera possible en créant des commissions de travail qui élaborent des projets d’avenir, en organisant des conférences sur le territoire (les arguments ne manquent pas : Fédéralisme, Europe des peuples, langues, parité du français dans l’enseignement, problèmes économiques, etc.), en reprenant nos anciens cours pour les administrateurs, voire par toute autre initiative que nos futurs dirigeants sauront certainement proposer. Actions celles-ci qui devraient être promues aussi spécifiquement par la Jeunesse du Mouvement car elle doit être, car elle est, le fer de lance du combat pour notre avenir. Jeunesse Valdôtaine reprend le combat ! Rappelle-toi que dans les moments les plus sombres du fascisme, quand tout semblait sombrer sous le bâton de la dictature, ce sont les jeunes rassemblés autour de la « Jeune Vallée d’Aoste » de l’abbé Trèves, de Chanoux, de Coquillard et de bien d’autres « combattants irréductibles de la Cause Valdôtaine » qui ont résisté, élaboré les lignes politiques pour la reconquête de notre autonomie et combattu pour y parvenir et cela dans une époque où professer et soutenir ces idéaux semblait utopique !
Pour cela l’Union devra aussi faire un gros effort dans la communication : à mon avis, la reprise de la publication de notre journal « Le Peuple Valdôtain » s’avère nécessaire. Certes, sa diffusion on line est importante et conforme à nos temps ; toutefois « Le Peuple », imprimé sur papier, qui arrive dans nos maisons est à mon avis un instrument plus efficace comme cela a été constaté dans le passé. Pas tout le monde a la constance d’accéder à internet et d’y revenir, tandis que le journal sur papier peut être conservé, lu et relus au gré du temps libre. D’ailleurs, nous ne manquons pas de personnes capables qui fourniraient très volontiers leur collaboration pour un journal périodique qui deviendrait un moyen de formation politique et culturelle. Pensons-y. Les rêves peuvent se réaliser et porter leurs fruits, comme cet autre rêve : la reprise des « Rendez Vous Valdôtains » dont ceux qui les ont vécus n’oublient certainement pas ces moments d’agrégation et de rencontre amicale, mais en même temps de profonde formation politique : un effort dans ce sens serait donc souhaitable pour nous redonner de l’enthousiasme.
Le travail pour nos dirigeants ne manquera pas. Ils devront avant tout établir des rapports corrects entre nos élus et le Mouvement : aux premiers incombe la tâche d’administrer mais c’est l’Union qui devra tracer les grandes lignes des futurs choix politiques et administratifs. Or, ceux-ci seront nombreux à devoir être affrontés pour la croissance de la Vallée d’Aoste et des Valdôtains : la défense du territoire trop compromis dans le passé par une urbanisation parfois brutale, un développement équitable de l’industrie et du tourisme, l’attention à la santé et au travail, le problème de la pauvreté croissante aussi chez-nous et combien d’autres encore…
Mais la tâche la plus grande sera pour eux la sauvegarde de l’unité retrouvée pour laquelle nous n’avons plus besoin d’hommes soi-disant forts, mais de bons ouvriers qui travaillent dans l’humilité, ayant dans leur vision uniquement les principes fondamentaux de nos statuts. Nous ne sommes pas un parti quelconque ; nous sommes un Mouvement de rassemblement et d’agrégation des différentes sensibilités politiques ; une force qui regroupe des membres une vision politique peut-être différente mais que les idéaux autonomistes et fédéralistes unissent, que l’amour pour notre Pays coalise, que les attaques d’un État toujours plus centralisateur pousse au combat pour la défense et le développement de notre peuple. Nous sommes un Mouvement pluriel. Et cette pluralité doit être respectée, ce qui peut se faire par le débat franc et loyal : n’ayons pas crainte de discuter entre nous des prochains projets de développement, des alliances futures, de tout problème important. À travers la discussion on parviendra toujours à la solution la plus équitable, sans froisser ceux qui ont soutenu une thèse différente. Ce ne sont pas les muscles qui feront notre solidité et notre dynamisme mais la force de la raison. Présence sur le territoire, fidélité à nos idéaux, acceptation de la pluralité des opinions, programmation de l’avenir culturel, social, économique de la Vallée d’Aoste en vue aussi de la préparation des prochaines élections régionales et communales : voilà autant de défis que l’Union Valdôtaine devra affronter avec enthousiasme  à partir de demain. Tout cela exige un effort de nous tous, un effort collectif qui, j’en suis sûr, ne manquera pas de la part de nos dirigeants, des élus et de tous nos adhérents, anciens et nouveaux, de cette base unioniste qui, grâce à l’union retrouvée, saura fournir sa contribution à la renaissance de notre pays.
Qu’il me soit permis une dernière considération ou si vous voulez un petit rêve. J’aimerai bien que très bientôt nous puissions voir sur nos voitures bien exposé l’écusson de l’Union Valdôtaine comme il y en avait par milliers lors du dernier quart du siècle passé. Quelqu’un pourra certainement m’objecter que cela n’est qu’une vétille. Non, ce n’est pas une bagatelle car cela signifie que nous n’avons pas peur de nous dire unionistes ; ce petit écusson peut simplement vouloir exprimer une grande chose, un sentiment profond : « Je suis fier d’être unioniste ! » Oui, soyons fier de l’être pour que la Vallée d’Aoste vive !
Peuple unioniste, debout !

L’intervention du candidat président

Joël Farcoz

Le document programmatique propose une vision de relance de l’Union Valdôtaine fondée sur trois mots-clés : Identité, Participation, Action. Il naît dans un contexte marqué par de profondes transformations internationales, économiques et sociales : conflits, crise climatique, mutations technologiques et nouvelles formes du travail redessinent rapidement notre époque. Dans ce cadre, la Vallée d’Aoste est appelée à défendre ses intérêts culturels, sociaux et économiques, en valorisant ses ressources naturelles et humaines, la montagne, le tourisme, la santé publique, la connectivité et la qualité de vie.
Un point central de l’analyse concerne la crise de la représentation politique. Les élections régionales de 2020 ont mis en évidence une forte abstention ainsi qu’une dispersion du vote ayant privé de nombreux citoyens de représentation. Le Congrès extraordinaire de 2024 est donc présenté comme une étape décisive du processus de recomposition de l’aire autonomiste, capable de dépasser divisions et fragmentations. L’objectif est de rendre à l’Union Valdôtaine son rôle de référence politique et sociale pour la communauté valdôtaine, en reconstruisant un grand Mouvement uni et enraciné sur le territoire.
Le texte rappelle que l’Union n’est pas seulement un parti, mais un mouvement populaire représentant la société valdôtaine dans son ensemble. Sa mission est de défendre la Cause valdôtaine, de promouvoir l’Autonomie spéciale et d’offrir à la Vallée d’Aoste une voix forte face à Rome et au sein de l’Europe. À une époque marquée par le renforcement des logiques centralisatrices, le document affirme la nécessité de consolider le Statut spécial, d’obtenir de nouvelles compétences et de faire approuver les normes d’application encore nécessaires. L’enjeu est de donner à la Région des instruments adaptés aux défis du présent.
Une large place est accordée à la dimension européenne. Le document défend une Europe des Peuples et des Régions, fondée sur la subsidiarité, le fédéralisme, la solidarité et le respect des identités. Dans cette perspective, l’Union Valdôtaine entend renforcer ses liens avec les Peuples Frères, avec les mouvements autonomistes et fédéralistes ainsi qu’avec toutes les réalités partageant les valeurs de l’autodétermination démocratique. Les futures échéances européennes sont déjà envisagées comme l’occasion de redonner une présence autonomiste valdôtaine dans les institutions continentales.
Sur le plan identitaire, le document souligne la valeur de la longue histoire de l’Union Valdôtaine, qui célébrera en 2025 ses 80 ans d’existence. Cet anniversaire n’est pas vu comme une simple commémoration, mais comme une opportunité de transmettre aux jeunes générations l’héritage politique, culturel et idéal construit par le Mouvement. Défendre l’identité valdôtaine signifie aussi promouvoir les langues du territoire, les traditions, la culture alpine et une communication publique capable de rendre visible et compréhensible le particularisme valdôtain. L’Union souhaite s’adresser non seulement aux Valdôtains d’origine, mais aussi à celles et ceux qui choisissent aujourd’hui de vivre et de travailler en Vallée d’Aoste et de contribuer à son avenir.
Le deuxième grand axe concerne la participation interne. Les sections territoriales sont définies comme le pilier du Mouvement et la plus authentique expression du fédéralisme sur le terrain. Elles doivent redevenir des lieux vivants de confrontation, de formation et de présence capillaire dans les communautés locales. Le document insiste également sur la valorisation des personnes : chaque adhérent doit pouvoir apporter compétences, expérience et disponibilité selon ses capacités. Le Mouvement est appelé à intégrer femmes, jeunes, nouvelles générations et sympathisants grâce à des outils concrets d’implication, notamment à travers des commissions thématiques consacrées à l’étude de dossiers spécifiques.
Un rôle symbolique et pratique important est attribué au Siège central et aux sièges territoriaux. Ces lieux doivent redevenir les maisons vivantes de l’Unionisme, des espaces de rencontre et d’organisation politique. Le siège d’Aoste est en particulier imaginé comme centre moteur du Mouvement, non seulement pour les réunions officielles, mais aussi comme lieu quotidien de dialogue et de participation. Une réorganisation des espaces et des ressources disponibles est donc proposée.
Parmi les priorités opérationnelles figure une nouvelle campagne d’adhésion, pensée pour reconstruire le Mouvement grâce à l’implication directe des inscrits et sympathisants. Le pluralisme interne est considéré comme une richesse, tandis que le renouveau organisationnel devra également passer par des outils de communication modernes. Le document propose ainsi de renforcer la stratégie de communication, avec des investissements dans la formation interne, les réseaux sociaux, le site internet et les relations avec la presse. Il prévoit aussi la renaissance d’un nouveau Peuple Valdôtain en format numérique et interactif, capable de dialoguer avec son temps.
Enfin, la formation politique et administrative est présentée comme essentielle. Conférences, cours et moments d’approfondissement sont jugés indispensables pour préparer une nouvelle classe dirigeante et maintenir vivant l’esprit autonomiste. L’Union Valdôtaine apparaît ainsi comme une communauté politique décidée à préserver son héritage historique tout en se renouvelant pour affronter les défis futurs avec unité, compétence et esprit de service.

Pont-Saint-Martin, les 6-7 octobre 2018

L’intervention du candidat président

Erik Lavevaz

Aujourd’hui, une profonde émotion accompagne cette candidature à la présidence de l’Union Valdôtaine. Une émotion née d’un attachement ancien au Mouvement, nourri depuis la jeunesse et par le souvenir de compagnons de route disparus, mais toujours présents dans la mémoire unioniste
Le Congrès national est un moment essentiel : il renouvelle les responsabilités, mais surtout il invite à réfléchir sur notre identité, notre parcours et notre avenir collectif. Dans un contexte politique marqué par des tensions institutionnelles et une crise ouverte, il est nécessaire de replacer au centre non pas les querelles du moment, mais la vie du Mouvement et la communauté unioniste.
La décision de présenter cette candidature n’a pas été simple. Elle est née de la conscience des responsabilités à assumer et du désir sincère de servir. Les rencontres avec les Sections ont confirmé une réalité précieuse : le Mouvement reste vivant, riche d’idées, d’attentes et d’une forte volonté de participer.
Le premier devoir est d’avoir le courage d’une analyse lucide. Sans réflexion sérieuse et sans actions concrètes, l’Union Valdôtaine risque l’isolement politique. Il faut un nouvel élan, qui ne peut venir d’un seul président, mais des Sections, des adhérents, des femmes et des hommes qui constituent la vraie force du Mouvement. Les Unionistes doivent redevenir acteurs et non spectateurs.
Ces dernières années, un écart s’est creusé entre la base militante et les organes centraux. Trop souvent, le centre de gravité du débat s’est déplacé vers le Palais régional. Il faut au contraire ramener la discussion politique sur le territoire, dans toutes les Sections, là où l’Union Valdôtaine a bâti son histoire. À la politique arrogante, hurlée et superficielle, il faut opposer une politique plus transparente, plus libre, capable d’écoute et de vision.
La Vallée d’Aoste compte encore bien plus d’Unionistes que ne le disent les cartes d’adhésion. Beaucoup se sont éloignés, parfois déçus par des personnalismes ou par ceux qui ont utilisé le Mouvement comme instrument de carrière. Il faut aujourd’hui rouvrir les portes de la famille unioniste, recoudre les déchirures, dépasser les blessures personnelles et reconstruire l’unité autour de l’essentiel.
Les divisions et scissions ont affaibli notre force, tandis que d’autres mouvements autonomistes, populistes ou nationalistes progressaient. Le temps est venu de choix courageux : favoriser les rapprochements possibles, dépasser les rancœurs et remettre l’intérêt supérieur du Mouvement au-dessus des intérêts individuels.
L’Union Valdôtaine doit aussi retrouver pleinement son identité valdôtaine. Ses flambeaux demeurent ceux de 1945 : la langue, l’histoire, la culture, la dignité d’un peuple et la fierté de ses particularismes. Cet héritage doit être porté avec conviction vers l’avenir.
Un débat franc doit également être mené sur la question morale : comportement des élus, respect des règles, exemplarité des responsables. Être élu ou occuper une fonction importante signifie représenter le peuple unioniste et transmettre, notamment aux plus jeunes, un sens élevé du devoir.
Sur le plan politique, il faut renforcer les liens avec les autres autonomies spéciales du nord de l’Italie pour former un front commun face aux tendances centralisatrices. En parallèle, il convient de revitaliser les relations avec les peuples frères et les minorités linguistiques d’Europe, afin de porter ensemble la cause des autonomies, des langues minoritaires et de nouveaux projets culturels ou touristiques.
Au niveau programmatique, plusieurs priorités s’imposent. D’abord, redonner un contenu concret au fédéralisme global, principe fondateur de notre Statut. Cela passe par des rapports financiers clairs et stables entre l’État, la Région et les collectivités locales. Sans ressources certaines, il n’y a ni autonomie réelle ni responsabilité locale.
Il faut aussi réviser les lois électorales régionales et communales, qui ont montré leurs limites. La stabilité institutionnelle est indispensable si l’on veut que la politique se consacre aux réponses attendues par les citoyens plutôt qu’aux seuls équilibres internes.
Les Communes doivent disposer des moyens nécessaires pour garantir les services et l’entretien du territoire de montagne. Si l’on transfère des responsabilités aux collectivités locales, il faut leur donner les ressources correspondantes. C’est là une vraie logique fédéraliste.
Une attention particulière doit être consacrée aux jeunes. Le départ de nombreux diplômés valdôtains vers d’autres horizons est un signal alarmant. Garder nos jeunes, créer des opportunités professionnelles, investir dans l’innovation et l’emploi est une priorité absolue. Sans cela, c’est l’avenir même de la Vallée d’Aoste qui est en jeu.
L’Union Valdôtaine a également le devoir de promouvoir des initiatives culturelles pour transmettre l’histoire valdôtaine aux nouvelles générations et d’organiser des parcours de formation à la vie publique, afin de préparer les administrateurs de demain.
Mais aucun projet ambitieux ne pourra aboutir sans un Mouvement fort, crédible et uni. C’est pourquoi la priorité demeure la revitalisation de la vie interne : rassembler toutes les compétences, valoriser les nouvelles énergies, associer expérience et jeunesse, construire une équipe libre d’esprit et tournée vers l’avenir.
Si cette responsabilité devait être confiée, l’engagement serait total : écouter, travailler, rassembler et servir. Avec humilité, mais avec détermination, pour porter encore haut le nom de l’Union Valdôtaine.

Pont-Saint-Martin, les 9-10 décembre 2013

L’intervention du président

Ego Perron

Le rapport retrace cinq années de présidence de l’Union Valdôtaine, vécues dans un climat interne souvent tendu, marqué davantage par des oppositions personnelles que par de véritables divergences de ligne politique. Dès l’élection du président, les tensions se sont manifestées au sein du Conseil fédéral et ont perduré tout au long du mandat. Malgré cela, la volonté a été de conjuguer expérience et renouvellement, dans le respect de l’histoire du Mouvement et avec le souci de le projeter vers l’avenir.
Sur le plan électoral, la présidence a dû gérer de nombreux rendez-vous décisifs. L’axe autonomiste avec Stella Alpina et Fédération Autonomiste a été constamment confirmé, tout en cherchant à tenir compte du contexte politique italien, y compris à travers des ouvertures discutées, comme la collaboration avec le PDL à la Région. Ces choix, parfois difficiles à faire accepter à la base, ont toujours été assumés dans ce qui était considéré comme l’intérêt supérieur de la Vallée d’Aoste. Les élections communales ont vu une forte responsabilisation des sections locales, avec des résultats globalement positifs. Le référendum sur le pyrogazéificateur a représenté un moment plus délicat, soldé par une défaite. En revanche, les élections politiques et régionales ont été remportées, même si de manière mesurée, dans un contexte désormais marqué par un bipolarisme nouveau en Vallée d’Aoste.
Le mandat a également été caractérisé par un important travail d’organisation interne. Le Comité fédéral et les autres organes ont multiplié les initiatives : formation politique, primaires pour les candidatures régionales, rencontres territoriales avec les sections, travail programmatique, rationalisation des coûts, campagnes d’adhésion. Les sections ont été renforcées, de nouvelles ont été créées, et des moments traditionnels comme les Rendez-vous, les fêtes d’hiver ou la fête des drapeaux ont été relancés pour raviver la vie militante et les liens entre unionistes.
Des efforts notables ont aussi été accomplis dans la communication. Le Peuple Valdôtain a été renouvelé dans sa présentation et son contenu, tandis qu’un véritable site internet du Mouvement a été créé et développé, avec une forte progression de la présence en ligne. Malgré cela, l’auteur reconnaît que la communication reste encore insuffisante pour toucher pleinement l’opinion publique non unioniste.
Le rapport aborde avec franchise les difficultés politiques et humaines des dernières années, en particulier la fracture provoquée par la naissance de l’UVP, après d’autres départs comme Aosta Viva ou Renouveau. Cette fragmentation du monde autonomiste est jugée préoccupante pour l’avenir. L’auteur estime qu’il faudra tôt ou tard ouvrir une réflexion sérieuse sur les rapports entre les différentes composantes autonomistes, sans nier les blessures du passé, mais sans renoncer non plus à rechercher de nouvelles perspectives communes face aux défis extérieurs, qui viennent surtout de l’État et de l’Europe.
En conclusion, l’auteur défend le travail accompli, malgré les critiques, et rappelle que le Mouvement a continué à gagner des élections et à tenir son rôle central dans la vie politique valdôtaine. Tout en affirmant avoir servi l’Union Valdôtaine avec loyauté, disponibilité et esprit collégial, il considère que le moment est venu de passer la main. Il souhaite que la nouvelle direction sache conjuguer renouvellement et continuité, dans une phase historique particulièrement difficile, tout en maintenant à l’Union Valdôtaine son rôle de grande maison politique au service de la Vallée d’Aoste.

L’intervention du président du gouvernent valdôtain

Auguste Rollandin

Le discours prononcé à Pont-Saint-Martin souligne d’abord l’importance du Congrès et remercie les forces politiques présentes, ainsi que le président sortant Ego Perron pour son travail marqué par un esprit de médiation et de sacrifice. L’intervention rappelle ensuite la confiance renouvelée accordée au Gouvernement régional, dans la continuité de l’action menée lors des précédentes législatures.
Le contexte évoqué est celui d’une période particulièrement difficile, marquée par une crise économique profonde commencée en 2008 et qui a fortement conditionné l’action politique. Durant ces années, la Région a soutenu entreprises et familles par des investissements importants, tout en devant progressivement adapter ses politiques à des ressources en diminution et à des contraintes croissantes imposées par l’État, notamment à travers le pacte de stabilité.
Un point central concerne les relations avec l’État et l’évolution institutionnelle en cours. Les réformes constitutionnelles suscitent des inquiétudes, car elles pourraient affaiblir les compétences des Régions à Statut spécial. Dans ce contexte, la défense de l’autonomie apparaît comme un enjeu fondamental, indispensable pour garantir des réponses adaptées aux besoins du territoire.
Le discours met également en lumière les difficultés de gouvernance au niveau national, caractérisées par une instabilité politique qui rend le dialogue avec Rome complexe et incertain. Parallèlement, il insiste sur l’importance du budget régional comme principal instrument d’action, élaboré dans un cadre contraint mais visant à maintenir les priorités essentielles : le soutien aux services socio-sanitaires, aux entreprises et aux familles, ainsi que les investissements pour l’avenir.
Une attention particulière est accordée aux collectivités locales, appelées à renforcer leur coopération afin de répondre aux défis financiers et organisationnels. La collaboration avec les forces de la majorité est jugée positive, tandis qu’un appel est lancé à un climat politique plus respectueux et constructif, y compris avec l’opposition.
Le discours insiste enfin sur un point crucial : le manque de communication entre les institutions et la population. Il est jugé essentiel de renforcer les échanges directs avec les citoyens afin de mieux expliquer les choix politiques et éviter incompréhensions et critiques injustifiées.
En conclusion, les prochaines élections européennes sont présentées comme un défi majeur. L’Europe doit devenir un levier pour soutenir les régions de montagne, à travers notamment la Macro-région alpine. L’objectif est de construire une action politique unie et tournée vers l’avenir, capable de défendre les spécificités valdôtaines et de promouvoir un développement durable dans un contexte globalisé.

L’intervention du nouveau président

Ennio Pastoret

Il faut bâtir des projets solides pour l’avenir de la Vallée d’Aoste
Une standing ovation a salué l’élection d’Ennio Pastoret à la présidence de l’Union Valdôtaine, lors du Congrès national du 9 novembre à Pont-Saint-Martin. Seul candidat présenté dans les délais statutaires, il succède à Ego Perron dans un moment délicat pour la Vallée d’Aoste, marqué par des incertitudes économiques et politiques.
La matinée s’est ouverte avec les salutations du syndic Guido Yeuillaz et du président de section Dario Fabiole, qui ont souligné l’importance du Congrès dans un contexte complexe. Le président sortant Ego Perron a ensuite présenté son rapport, revenant avec émotion sur cinq années de mandat caractérisées par des transformations profondes de la société valdôtaine. Il a évoqué les difficultés rencontrées, notamment le sentiment d’avoir parfois assumé seul les critiques, tout en rappelant les responsabilités liées à la fonction.
Perron a également lancé un appel à l’ensemble de l’aire autonomiste pour engager une réflexion commune sur l’avenir politique de la Vallée d’Aoste, au-delà des divisions, notamment en vue des prochaines alliances.
Les interventions des représentants politiques ont ensuite enrichi le débat, avec la participation des mouvements autonomistes et des forces présentes au Conseil régional. Le sénateur Albert Lanièce a mis en lumière les enjeux nationaux et la réforme constitutionnelle, tandis que la présidente du Conseil de la Vallée Emily Rini a rappelé les récents succès électoraux du Mouvement. Le président de la Région Augusto Rollandin a, pour sa part, insisté sur les défis liés à l’élaboration du budget et aux perspectives européennes.
L’après-midi a été consacré aux interventions des représentants du territoire, témoignant de la vitalité du Mouvement et de l’ancrage des sections locales. Une motion des collectivités locales a également été présentée.
Après l’approbation du document final, Ennio Pastoret est intervenu devant les congressistes, recevant à plusieurs reprises des applaudissements. Il a affirmé sa volonté de s’inscrire dans un esprit de service, de continuité et d’unité, en accordant une attention particulière au territoire et au rôle des sections.
Le Congrès s’est ainsi conclu sur un message clair : renforcer la cohésion interne et construire des projets solides pour l’avenir de la Vallée d’Aoste.

La résolution

Le Congrès de l’Union Valdôtaine, réuni le 9 novembre 2013 à Pont-Saint-Martin,
– prenant acte des difficultés du contexte économique et politique italien, qui affectent également le système valdôtain, notamment en ce qui concerne la réduction des ressources financières ainsi que la poursuite de formes préoccupantes de centralisme de la part de l’État ;
– soulignant que ces difficultés se traduisent souvent par un malaise généralisé, aboutissant à une perte de confiance envers la politique et les institutions – un découragement d’autant plus grave qu’il touche souvent les nouvelles générations, qui peinent à concrétiser leurs projets de vie et à envisager l’avenir avec confiance ;
– tenant compte du fait que la mondialisation, modèle de développement vers lequel tendent désormais toutes les économies, des pays les plus riches aux communautés les moins développées, entraîne la Vallée d’Aoste dans un processus de transformation profond et rapide, qui remet nécessairement en question les méthodes de gestion politique adoptées jusqu’à présent pour construire un système adapté à ses spécificités ;
– estimant que l’un des rares moyens de sauvegarder, valoriser et renforcer les spécificités et les atouts de la Vallée d’Aoste, en tant que région de montagne, consiste à investir et à participer activement, en première ligne, au projet de développement de la Macro-région alpine, auquel le Gouvernement régional a déjà adhéré, convaincu que c’est à travers le travail en réseau, à l’échelle européenne, que l’on peut trouver les ressources et les moyens nécessaires pour relancer notre économie, notre société et notre culture de montagne ;
– convaincu que ce n’est qu’à travers la défense et la mise en valeur de notre Autonomie et de notre spécificité que l’on pourra retrouver un essor économique et social garantissant le développement de notre région ;
– considérant qu’à la suite de l’expérience des primaires, qui ont représenté pour le Mouvement une importante occasion d’échange et de confrontation démocratique, ce n’est que dans l’unité de l’Union Valdôtaine que l’on peut retrouver et développer l’énergie nécessaire pour raviver l’élan et l’esprit de la « valdôtainité », indispensables à toute action en faveur de la Vallée d’Aoste ;

engage
– toutes les sections du Mouvement ainsi que son organisation centrale,
– tous les élus, aux niveaux communal et régional,
– les parlementaires valdôtains
– à œuvrer pour assurer un nouveau développement de la Vallée d’Aoste, fondé sur ses racines et ses spécificités, en tenant compte de l’évolution des sociétés et des marchés, de la diffusion des nouvelles technologies ainsi que des dynamiques du monde globalisé et de la nécessité d’un développement durable ;
– à s’engager pleinement à trouver des solutions aux problèmes les plus graves qui pèsent sur l’avenir de la Vallée d’Aoste, en continuant à soutenir un système d’excellence dans les domaines de la santé et de l’assistance, en particulier en faveur des couches les plus fragiles de la population, et à aborder notamment la question des transports, dont les retombées sont déterminantes pour de nombreux secteurs économiques et pour l’ensemble de la communauté ;
– à accorder une attention prioritaire aux jeunes et à leur formation, en reconnaissant qu’ils figurent parmi les catégories les plus touchées par la crise actuelle, tant en ce qui concerne leur insertion dans le monde du travail que face à un sentiment croissant de découragement qui les éloigne non seulement de leurs projets professionnels, mais aussi de leur engagement dans la vie civile et politique ;
– à maintenir une attention particulière envers les agriculteurs et l’ensemble du secteur de l’agriculture de montagne, qui représente encore aujourd’hui un pilier fondamental de notre identité, de notre histoire, de notre culture, de nos traditions, de notre économie et de notre territoire ;
– à œuvrer pour que l’aspiration des Valdôtains à exprimer politiquement une unité de cœur et de volonté puisse se concrétiser dans les meilleurs délais, notamment à l’occasion des élections au Parlement européen.

Saint-Vincent, les 22-23 novembre 2008

L’intervention du président

Ego Perron

« Je voudrais être le Président de tous les Unionistes : j’affronte cette tâche en étant conscient des difficultés qui m’attendent et, dans ce sens, je demanderai l’engagement de chacun, y compris de ceux qui n’ont pas voté pour moi, afin de sauvegarder la crédibilité et l’unité de notre Mouvement » : tels ont été les premiers mots d’Ego Perron, juste après son élection à la fonction de Président de l’Union Valdôtaine, lors du 7e Congrès national, le dimanche 23 novembre dernier, à Saint-Vincent.
Ego Perron, 41 ans, ancien Président du Conseil de la Vallée, a été élu dès le premier tour, auquel ont participé 546 délégués sur 575 ayants droit, avec 342 voix en sa faveur, contre son adversaire Dino Viérin, ancien Président de la Région (202 voix), et 2 bulletins blancs.
En présentant sa motion programmatique, Perron a souligné « la volonté, de la part des unionistes, d’unir plutôt que de diviser, de rassembler plutôt que de séparer, d’associer les énergies plutôt que de les disperser dans des discussions inutiles. Je pense qu’aujourd’hui, plus que jamais, le Mouvement a besoin d’unité : l’unité des Valdôtains, mais surtout l’unité des unionistes ».
« Notre Mouvement – a poursuivi Perron – doit continuer à être au centre de l’action politique : nous devons soutenir, jour après jour, l’action du Gouvernement et renforcer les relations avec nos alliés. À ce propos, notre engagement est de porter un message clair en faveur d’une politique fédéraliste et autonomiste, tant au niveau régional que national, en ayant toujours comme référence les principes et les valeurs inscrits dans notre Statut ».
Le premier rendez-vous important pour le président Perron sera sans doute la confrontation avec le Conseil fédéral, au cours de laquelle seront élus un vice-président et les membres du Comité fédéral. Le Comité fédéral, qui constitue l’organe de direction de l’Union Valdôtaine, est composé du Président, de deux vice-présidents, du trésorier et de cinq membres. Le trésorier et l’un des deux vice-présidents sont nommés par le Président, tandis que les cinq membres et l’autre vice-président sont élus par le Conseil fédéral.

La résolution

Le Congrès national de l’Union Valdôtaine, réuni à Saint-Vincent les 22 et 23 novembre 2008,
– réaffirme sa volonté de parvenir à concrétiser, par les voies démocratiques, les principes du fédéralisme global dans la construction d’une Europe fondée sur la souveraineté des peuples et l’autogouvernement des régions ;
– revendique, dans cette perspective, son rôle central dans le débat politique valdôtain, en tant que porteur de l’idée autonomiste et fédéraliste de l’abbé Trèves, d’Émile Chanoux et de tous ceux qui ont œuvré et œuvrent pour la cause valdôtaine ;
– rappelle que sa raison d’être réside dans l’épanouissement des spécificités du peuple valdôtain, dans le cadre d’un monde globalisé où les différents peuples revendiquent, à juste titre, la reconnaissance de leur identité sur un plan d’égalité et de justice sociale ;

engage les organes du Mouvement :
– à favoriser la coopération entre les communautés, afin de parvenir à un dialogue ouvert et à une meilleure compréhension entre les peuples du monde entier et, en particulier, avec ceux qui partagent avec les Valdôtains la langue française ;
– à servir les intérêts culturels, politiques, sociaux et économiques du peuple valdôtain au sein des institutions, à tous les niveaux, par une action cohérente et concrète qui, en ce moment de difficultés à l’échelle mondiale, exige la collaboration de tous les Unionistes dans l’exercice de leurs responsabilités respectives ;
– à mettre en valeur le rôle des jeunes dans la société valdôtaine, en encourageant leur participation active. Cette action devra viser en particulier :
– dans le domaine culturel, à valoriser, notamment à l’école, à l’université et dans la formation professionnelle, le patrimoine identitaire des Valdôtains, qui, sur les plans géographique, historique et linguistique, font de notre peuple une communauté à l’avant-garde dans le processus d’intégration européenne, fondée sur un plurilinguisme qu’il devient de plus en plus indispensable de maîtriser ;
– dans le domaine politique, à se confronter avec toutes les forces politiques et sociales, à partir des forces autonomistes et régionalistes, en tenant compte, pour les alliances, des différents niveaux institutionnels, dans le but de favoriser la transformation de l’État italien dans un sens fédéral et d’assurer la progression de la Région vers une autonomie toujours plus large et complète, par l’acquisition de nouvelles compétences et responsabilités vis-à-vis de l’État central, ainsi que par le soutien aux collectivités locales, dans une perspective de subsidiarité ;
– dans le domaine social, à promouvoir et adopter les mesures nécessaires pour faire face aux problèmes structurels, concernant notamment la famille et l’immigration, ainsi qu’aux problématiques contingentes qui se posent aujourd’hui avec une particulière acuité, en s’appuyant sur les valeurs de solidarité qui sont à la base de notre civilisation, notamment face aux situations de « nouvelle pauvreté » qui se manifestent également en Vallée d’Aoste ;
– dans le domaine économique, à intervenir de manière structurelle dans les secteurs stratégiques, tels que le tourisme, les grandes infrastructures et le rôle d’Aoste en tant que capitale et nœud central du « système Vallée d’Aoste », et à soutenir les petites entreprises agricoles, industrielles et artisanales, qui constituent l’ossature de l’économie valdôtaine, dans le moment difficile qu’elles traversent en raison de la crise financière mondiale.

Le Congrès national de l’Union Valdôtaine indique enfin, comme méthode pour atteindre ces objectifs, une plus grande cohésion garantissant l’unité du Mouvement et la convergence des efforts des organes internes et des élus : une cohésion qui doit également se traduire par la multiplication des occasions de rencontre et de discussion au sein des sections, qui demeurent le canal privilégié de contact avec les réalités locales, ainsi que dans le cadre des différentes manifestations publiques qui seront organisées.

Saint-Vincent, les 16, 17 et 18 juin 2006

L’intervention de la présidente

Manuela Zublena

Ce moment constitue l’un des passages les plus délicats de l’histoire de l’Union Valdôtaine. Deux voies s’ouvrent devant le Mouvement : sortir affaibli, divisé et incapable de retrouver une direction commune, ou bien transformer cette crise en occasion de relance, en retrouvant énergie, cohésion et projet politique. La responsabilité est grande, car l’Union Valdôtaine porte un héritage historique important, non seulement pour la Vallée d’Aoste, mais aussi comme référence dans le système des autonomies et dans la défense des minorités linguistiques en Italie et en Europe.
L’analyse de la récente défaite électorale montre que la cause principale réside dans les oppositions internes, devenues au fil du temps de véritables factions. Ces tensions ont nourri des affrontements personnels, déplacé les centres de décision en dehors des organes du Mouvement et affaibli sa crédibilité comme son efficacité. La Présidence a tenté de répondre à cette situation par davantage de participation, de dialogue avec les sections, une ouverture du journal Le Peuple, un site plus vivant, un siège plus accueillant et un effort constant pour maintenir le débat politique. Mais ces initiatives n’ont pas suffi à surmonter les fractures.
Trois formes de crise apparaissent nettement : une crise des principes, souvent proclamés mais trop peu présents dans les choix concrets ; une crise des rôles et des fonctions, avec une confusion croissante entre les organes du Mouvement et d’autres centres de pouvoir ; enfin une crise liée au poids des personnalismes et des intérêts individuels. Ces dérives ont marqué plusieurs moments clés : les élections européennes, où certains ont privilégié des logiques de délégitimation interne ; les élections communales, où les rivalités ont parfois primé sur l’intérêt collectif ; et les élections politiques, où dissidences et ambiguïtés dans les alliances ont encore aggravé la situation.
Il en ressort que le Mouvement doit répondre non par des appels abstraits aux idéaux, mais par des choix concrets. D’abord par une révision des statuts, afin de replacer les inscrits et les sections au centre de la vie politique du Mouvement, tout en clarifiant les rapports entre organes politiques et représentants institutionnels. Ensuite par une réflexion sur la limitation des mandats, afin de rappeler que la fonction publique est un service et non une position acquise. Il faut également envisager une réforme de la loi électorale régionale pour limiter les effets pervers des préférences, garantir une réelle égalité entre hommes et femmes et réduire l’attrait purement économique de la politique.
Enfin, le projet politique lui-même doit être renouvelé. Les principes du fédéralisme, de la subsidiarité, de la solidarité et de la participation restent intacts, mais ils doivent être réinterprétés à la lumière des défis nouveaux de la mondialisation. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de défendre l’autonomie, mais de démontrer concrètement, par l’excellence démocratique, sociale, institutionnelle et culturelle, la valeur positive de l’autogouvernement valdôtain. C’est là que résident les grandes choses capables de rassembler de nouveau le Mouvement et de lui redonner un rôle fort au service de la Vallée d’Aoste.

La résolution

Le Congrès national de l’Union Valdôtaine
Suite au riche et fructueux débat qui s’est développé pendant les deux premiers jours de séance,
convaincu, en vue d’assurer un concret épanouissement du Mouvement à l’avenir, de l’importance de traduire en orientations politiques partagées les principales suggestions issues de la discussion,
– délibère que, tout en sauvegardant la stabilité politique, le Gouvernement valdôtain et la majorité qui l’exprime doivent poursuivre efficacement leur action, en considérant par ailleurs opportun d’ouvrir un dialogue avec les DS–Gauche valdôtaine ;
– invite les organes de l’Union Valdôtaine à entreprendre une action vis-à-vis des anciens adhérents, dans un esprit de réconciliation, pour l’unité du Mouvement et le bien de la communauté valdôtaine ;
– réaffirme la nécessité que le Conseil de la Vallée se penche sur une réforme du Statut d’autonomie ainsi que sur la révision des lois électorales régionales et des collectivités locales, et insiste sur une réforme de la loi pour l’élection du Parlement européen permettant l’expression d’un parlementaire européen valdôtain.
Le Congrès national de l’Union Valdôtaine
– compte tenu de la nécessité que notre Mouvement donne des signaux forts de changement dans la gestion politique de notre région, afin également que la participation à la vie publique ne se présente pas comme une opportunité de gain mais comme un véritable engagement social,
– engage le Mouvement à entamer une réflexion sérieuse visant à définir des moyens pour réduire significativement les indemnités des conseillers régionaux, notamment par une initiative législative au Conseil ;
– engage également le Mouvement à revoir le système des indemnités des administrateurs locaux afin de prévoir un règlement distinct garantissant une harmonisation entre les différentes réalités locales.
Le Congrès national de l’Union Valdôtaine
– en vue de la tenue de référendums communaux dans les vallées piémontaises du Parc du Grand-Paradis pour rejoindre la Vallée d’Aoste, comprenant le sens politique de ces initiatives visant à obtenir une plus grande attention pour ces zones de montagne liées historiquement à notre Vallée,
– estimant toutefois que les confins naturels et historiques de la Vallée d’Aoste ne sont pas négociables,
– engage les élus au Conseil de la Vallée à exprimer leur opposition à ces initiatives dans tous les sièges institutionnels et politiques.
Le Congrès national de l’Union Valdôtaine
– considérant l’importance des fonctions du Président du Mouvement, pivot de l’Union Valdôtaine et premier représentant vis-à-vis de l’opinion publique et des autres forces politiques,
– compte tenu de l’engagement requis par cette charge, qui présente les caractéristiques d’une fonction à plein temps,
– engage le Comité fédéral à reconnaître au Président une indemnité annuelle de fonction, dont le montant sera fixé par le Comité fédéral, sans être inférieure à celle des conseillers régionaux.
Cette indemnité ne sera pas versée au Président s’il exerce la fonction de conseiller régional.
Le Congrès national de l’Union Valdôtaine
– suite à la décision du groupe américain « Quick Silver » de fermer l’établissement de Verrayes de « Rossignol » à partir du mois d’octobre,
– exprime sa solidarité aux travailleurs engagés dans la défense de leur emploi ;
– invite les élus, à tous les niveaux, à s’engager pour trouver des solutions concrètes en concertation avec les organisations syndicales.
Le Congrès national de l’Union Valdôtaine
– convaincu de l’utilité du mécanisme de limitation des mandats pour les fonctions apicales de l’administration régionale,
– engage le groupe des élus à promouvoir une initiative législative visant à introduire une limitation de deux mandats consécutifs pour les fonctions de Président de la Région, d’assesseur et de Président du Conseil régional.
Le Congrès national de l’Union Valdôtaine
– en vue du référendum confirmatif de la réforme constitutionnelle des 25 et 26 juin,
– exprime un jugement négatif sur une réforme non partagée, non fédéraliste et génératrice de confusion ;
– considère en particulier négatifs les principes nuisibles à l’autonomie, tels que la notion d’« intérêt national » et le recours au Parlement contre les lois régionales ;
– invite les Valdôtains à voter non au référendum confirmatif ;
– rappelle la nécessité de participer au vote ;
– engage les élus à relancer un débat constitutionnel partagé en vue d’un véritable État fédéral fondé sur l’autodétermination des peuples.
Le Congrès national de l’Union Valdôtaine
conscient de la crise récente du Mouvement,
propose de :
– renforcer les liens avec les sections et leur autonomie ;
– bannir les personnalismes ;
– écouter les adhérents ;
– instaurer des instances de garantie ;
– relancer les moments de rencontre et de formation ;
– assainir la situation financière ;
– organiser des formations politiques pour les élus et les inscrits.
Le Congrès national de l’Union Valdôtaine
en vertu du principe de subsidiarité et du fédéralisme global,
– approuve la création d’une commission organisation chargée d’améliorer les outils, la formation, la communication et la participation ;
– engage le Comité fédéral à désigner des responsables territoriaux afin de renforcer le lien avec les sections et garantir une participation plus directe et partagée à la vie du Mouvement.

Saint-Vincent, le 29 novembre 2003

L’intervention de la présidente

Manuela Zublena

Pour la première fois dans l’histoire du Mouvement, une femme a été élue à la tête de l’Union Valdôtaine : Manuela Zublena, 42 ans, ingénieure nucléaire et responsable du département de la qualité de l’air de l’Arpa Vallée d’Aoste, a remporté la victoire avec 301 voix, face à son adversaire Franco Vallet, ancien assesseur régional (270 voix). Unioniste de longue date et membre de la Jeunesse Valdôtaine à la fin des années 1970, elle est conseillère communale à Saint-Marcel depuis 1995. Voici son premier discours en tant que Présidente de l’Union Valdôtaine.

« Chers Unionistes,
Me voilà, après une longue semaine de réflexion et d’attente, au cœur de la vie active du Mouvement. Le résultat de samedi dernier, qui n’avait pas permis l’élection du Président, avait laissé penser que nous, les candidats, pouvions rechercher une solution de compromis. Aujourd’hui, en revanche, dans le plein respect de la démocratie, la souveraineté des délégués – qui, selon les statuts, ont le droit et le devoir de choisir leur Président – a été pleinement respectée.
Je remercie donc tous les délégués qui ont participé, y compris ceux qui ne m’ont pas accordé leur vote, car je considère que la participation de chacun est essentielle à la vitalité du Mouvement.
À Franco Vallet, qui a offert sa disponibilité pour cette charge, je voudrais dire simplement : merci.
Ces derniers jours, nous avons tous compris combien le moment que nous avons vécu, en nous portant candidats à la présidence de l’Union Valdôtaine, était délicat. Je te remercie encore pour ton exemple d’alternative loyale, pour la compétence et l’expérience que tu as mises au service du Mouvement. C’est pourquoi j’espère pouvoir compter sur ton amitié et sur une collaboration active.
L’Union Valdôtaine a besoin de toi, comme elle a besoin de toutes les personnes qui ont participé à ce Congrès.
Merci pour la confiance que la majorité d’entre vous m’a accordée et que j’espère mériter par le travail que je commence aujourd’hui.
Le débat de samedi dernier a mis en évidence l’importance des sections comme piliers du Mouvement, qui trouve sa force et sa raison d’être dans le terroir et dans le peuple valdôtain, à travers ces mêmes sections.
Je souhaite remercier tout particulièrement la section de Saint-Marcel, petite section d’une commune où l’Union Valdôtaine est à l’opposition, mais qui exprime aujourd’hui le Président du Mouvement. Merci.
Je ressens fortement la responsabilité de ce rôle, mais je m’y prépare avec humilité, engagement, sérieux et passion. Un parcours difficile m’attend, mais je ne le ferai pas seule. Dans les prochains jours, nous devrons, tous ensemble, compléter l’équipe, le groupe de travail, le Comité fédéral. Je vous demande à tous de nous accompagner : en montagne, une cordée n’arrive nulle part sans la contribution, les ressources et l’engagement de chacun.
Ma présence représente sans doute un élément de nouveauté. J’espère apporter une contribution différente, celle d’une représentante de la société civile, mais aussi d’une technicienne qui travaille depuis plusieurs années dans le domaine de l’environnement, l’un des secteurs les plus stratégiques pour la gestion, le développement et la défense de notre Vallée. Sans oublier que l’environnement constitue le berceau de notre peuple de montagne et de notre identité culturelle, ainsi qu’un point de référence pour toutes nos activités.
Cette identité, que nous devons préserver et valoriser, doit évoluer avec notre temps. Nous devons savoir interpréter les changements d’un contexte politique et social plus large : il y a l’Europe, les réformes institutionnelles à venir, une société transformée par de nouvelles présences, de nouveaux modes de vie et de culture. Nous devons faire face à des enjeux qui dépassent largement notre dimension locale et qui exigent une confrontation constante avec un horizon international. Ma présence apporte aussi une nouveauté : celle d’une femme.
L’article 7 des statuts du Mouvement encourage la participation féminine au sein des organes. Vous en avez donné une interprétation concrète.
Je voudrais conclure par deux réflexions.
La première : je ne parcourrai pas ce chemin seule. Je vous demande un engagement réel, une participation active, en apportant au Mouvement vos idées, vos suggestions, vos observations. Elles seront précieuses.
Je vous demande également de ne pas renoncer à votre esprit critique. N’hésitez pas à exprimer vos désaccords, mais faites-le dans le respect des idées de chacun et dans un esprit constructif, pour le bien du Mouvement et, surtout, pour le bien de notre Vallée.
Dans cet esprit, je rappelle les mots de Joseph Bréan : « il faut regarder aux grandes choses qui nous unissent plutôt qu’aux petites choses qui nous divisent ».
Enfin, si je suis aujourd’hui heureuse de ce résultat, je ne me sens pas une gagnante. Je n’ai pas participé à un match. Ce n’est pas cet esprit qui m’a guidée. Notre objectif est de faire grandir l’Union Valdôtaine. Nous ne serons gagnants que si l’Union Valdôtaine est gagnante.
Vive l’Union Valdôtaine, vive la Vallée d’Aoste. »

30 Septembre 2001

L’intervention des vices-présidents

Patrizia Guichardaz
Joseph-Gabriel Rivolin

Trois ans après le Congrès du 28 novembre 1998, l’Union Valdôtaine se retrouve pour renouveler son rendez-vous dans un contexte similaire. L’activité menée durant cette période, fruit d’un travail collectif impliquant le président, les organes dirigeants et les sections locales, a été particulièrement intense et riche de résultats.
L’action du Mouvement s’est développée selon deux axes complémentaires: d’une part, l’élaboration interne des lignes politiques stratégiques; d’autre part, la participation active aux nombreux rendez-vous électoraux et référendaires. L’engagement électoral s’inscrit directement dans la continuité des principes fondateurs de l’Union Valdôtaine et de leur application concrète.
Les Congrès: cœur de la réflexion politique
Depuis 1998, cinq Congrès nationaux ont marqué la vie du Mouvement. Les Congrès thématiques ont permis d’approfondir des enjeux majeurs: la montagne valdôtaine dans le contexte européen, le fédéralisme et les autonomies locales, la gestion du territoire face aux risques naturels, et l’évolution de l’identité valdôtaine.
Le Congrès consacré à la montagne a été caractérisé par une large participation des sections et par une ouverture vers les acteurs économiques et sociaux. Il a permis de prendre conscience de la nécessité de concilier enracinement et ouverture, autonomie et intégration européenne, dans une perspective fédéraliste. Il a également mis en évidence l’importance d’investir dans les jeunes générations et de renforcer les liens avec d’autres réalités montagnardes et minoritaires en Europe.
Le Congrès sur le fédéralisme a réaffirmé la centralité de la Commune, conformément à la pensée d’Émile Chanoux, et a tracé une stratégie visant à valoriser les ressources locales. La décentralisation, l’innovation technologique et la revitalisation des zones périphériques ont été identifiées comme des leviers essentiels pour maintenir les jeunes sur le territoire et renforcer l’identité régionale.
Le Congrès consacré aux événements catastrophiques de 2000 a permis de définir des orientations concrètes en matière de protection civile, de gestion du territoire et de prévention des risques, en insistant sur la nécessité d’une culture de la solidarité et de l’entraide.
Enfin, le Congrès sur l’identité valdôtaine a réaffirmé le rôle central du Mouvement dans la défense et la promotion de cette identité, notamment sur le plan linguistique. Il a souligné l’importance de l’école, de la formation et des médias, ainsi que la nécessité d’impliquer les jeunes générations. L’objectif est une stratégie globale de reconnaissance institutionnelle, notamment dans le cadre de la révision du Statut d’autonomie et de la construction de l’Euro-région du Mont-Blanc.
Une organisation dynamique et structurée
Au-delà des Congrès, l’activité des organes du Mouvement a été soutenue. Le Conseil fédéral s’est réuni régulièrement pour orienter les grandes décisions politiques, tandis que le Comité fédéral a assuré un suivi hebdomadaire des dossiers d’actualité. Le groupe des conseillers régionaux a travaillé de manière continue sur les projets législatifs, et les structures territoriales ont garanti un lien constant avec la base.
La vitalité du Mouvement repose sur cette présence capillaire dans la société valdôtaine, qui permet de capter les besoins réels des communautés. Le journal «Le Peuple Valdôtain» a également évolué, modernisant son image et proposant des contenus valorisant l’identité régionale.
Des succès politiques et électoraux significatifs
Sur le plan électoral, ces trois années ont été marquées par des résultats importants. L’élection européenne de 1999 a permis, grâce à des alliances avec d’autres forces autonomistes, l’élection de Luciano Caveri au Parlement européen, réalisant ainsi un objectif historique: la présence valdôtaine à Strasbourg.
Les élections municipales de 2000 ont confirmé la vitalité des institutions locales et l’engagement des citoyens, avec une forte participation et un renouvellement des cadres, notamment grâce à l’entrée de nombreux jeunes. Le succès des listes soutenues par l’Union Valdôtaine a été globalement remarquable.
Un résultat particulièrement significatif a été obtenu à la Commune d’Aoste, avec l’élection d’un syndic unioniste pour la première fois depuis trente ans, à la tête d’une large coalition.
Le référendum sur l’école: une victoire politique
Le référendum régional sur l’examen de maturité a constitué un moment clé. Face à une campagne visant indirectement la langue française, l’Union Valdôtaine a su démasquer les contradictions de la propagande adverse. La stratégie du Mouvement, fondée sur l’information et la confiance envers les jeunes, s’est révélée gagnante: la forte abstention a entraîné l’échec du référendum, confirmant l’adhésion aux valeurs défendues par l’Union.
Une action politique continue
Les élections législatives ont ensuite confirmé la solidité du Mouvement, avec l’élection d’Auguste Rollandin au Sénat et d’Ivo Collé à la Chambre. Malgré certaines divergences au sein de la majorité, ces résultats témoignent de la confiance des électeurs.
Par ailleurs, l’Union Valdôtaine a poursuivi son engagement sur des thèmes concrets, tels que la régulation du trafic des poids lourds ou les conséquences de la fermeture du tunnel du Mont-Blanc, en organisant des rencontres et des débats ouverts.
Conclusion
Ce rapport met en évidence une activité intense, fondée sur la cohérence entre réflexion politique et action concrète. Les Congrès ont défini clairement les orientations stratégiques, tandis que l’engagement des organes du Mouvement et des militants a permis de les traduire en résultats.
L’Union Valdôtaine confirme ainsi son rôle de force politique profondément enracinée dans la société valdôtaine, capable d’interpréter ses besoins, de défendre son identité et de relever les défis du présent.
Enfin, des remerciements sont adressés à tous ceux qui, dans l’ombre ou au premier plan, ont contribué au bon fonctionnement du Mouvement, témoignant de l’esprit collectif qui en constitue la véritable force.

L’intervention du président

Auguste Rollandin

Dans cette intervention, le président sortant propose une réflexion franche sur le fonctionnement interne du Mouvement, en répondant aux critiques exprimées au cours du Congrès. Il compare la situation à une « radiographie »: si l’on veut analyser sérieusement le fonctionnement d’un système, il faut le faire dans son ensemble, sans éluder les problèmes, mais aussi sans les simplifier à l’excès.
Il rappelle d’abord que la tenue du Congrès à cette date n’a rien d’improvisé. La date avait été fixée dès le mois de juin, en accord unanime avec le Conseil fédéral, et n’aurait pas été remise en discussion sans l’interférence du référendum. Le déplacement n’a concerné que le calendrier et non l’ordre du jour. Il souligne ainsi que certaines polémiques ont été alimentées artificiellement, parfois dans le but de profiter de la visibilité du Congrès et de l’attention de la presse pour relancer d’autres débats, notamment celui du référendum. À ses yeux, cela ne remet pas en cause le bien-fondé du Congrès ni la nécessité d’en profiter pour mener une réflexion sérieuse sur l’organisation et la vie du parti.
L’un des reproches formulés concerne le manque de temps pour discuter des candidatures. Sur ce point, il répond que le temps n’a pas manqué: entre juin et fin septembre, les sections ont eu la possibilité de se réunir, de débattre et de formuler des propositions. Le vrai problème, selon lui, n’est pas tant l’absence de temps que le manque de participation. Dans bien des cas, ce sont toujours les mêmes qui assistent aux réunions, souvent les élus locaux, tandis que la base participe peu. Il en tire une interrogation plus profonde: comment faire pour mobiliser davantage les inscrits et rendre les réunions de section réellement vivantes? La question n’est pas nouvelle, mais elle demeure centrale. Les structures existent, les occasions de débat aussi, mais leur efficacité dépend de l’engagement concret des militants.
Il revient ensuite sur les critiques concernant les rapports avec le groupe des conseillers régionaux. Il reconnaît ne pas avoir participé autant qu’il aurait pu à leurs réunions, mais explique qu’il avait fait confiance au chef de groupe, estimant normal de déléguer et de recevoir ensuite les informations nécessaires. Il prend acte du fait que cette confiance lui est aujourd’hui reprochée, mais il refuse de transformer ce débat en procès personnel. Son intention, dit-il, a toujours été d’exercer son rôle de président, non celui d’un joueur engagé directement dans toutes les manœuvres internes. Il insiste sur ce point: le président doit garantir un équilibre, non s’imposer comme acteur partisan de chaque affrontement.
Au cœur de son intervention se trouve la question du dialogue. Depuis des années, à chaque Congrès, revient le même reproche: il n’y aurait pas assez de dialogue. Il relève avec une pointe d’ironie qu’il n’a jamais assisté à un Congrès où quelqu’un se serait levé pour dire enfin que le dialogue fonctionnait. Cela signifie, selon lui, que l’on invoque sans cesse le dialogue, mais sans toujours définir concrètement ce qu’on attend de lui. Il ne nie pas les difficultés; au contraire, il reconnaît qu’il faut sans cesse améliorer les mécanismes de discussion. Mais il rappelle aussi qu’un dialogue ne peut pas être à sens unique. Pour qu’il y ait véritable échange, il faut que chacun accepte de parler, d’écouter, de répondre, et surtout de le faire dans les moments et les lieux prévus à cet effet.
Il critique implicitement une certaine tendance à dénoncer le manque de dialogue au Congrès même, alors que les espaces de discussion existaient auparavant dans les sections, les réunions et les instances du Mouvement. Si l’on attend toujours le dernier moment pour soulever les désaccords, on donne l’impression que tout aurait été décidé à l’avance et qu’il ne resterait plus qu’à ratifier. Il prend ainsi l’exemple de l’apparition tardive d’une candidature, interprétée par certains comme un signe de fracture. À ses yeux, il s’agit au contraire d’un débat, d’une confrontation légitime, qui ne doit pas être dramatisée. Le simple fait qu’il y ait plusieurs candidats ne signifie pas nécessairement division ou rupture; cela peut aussi témoigner d’une vitalité démocratique.
L’intervenant s’interroge donc sur le « bon système » pour parvenir à une définition claire et partagée des choix. Il rejette aussi bien l’idée d’une décision imposée d’en haut que celle d’une contestation permanente de tous les mécanismes de médiation. Il ne prétend pas avoir trouvé la solution parfaite, mais il refuse l’idée qu’il y aurait eu complot ou manipulation. Dans toutes les communes où il a été amené à intervenir, dit-il, il a soutenu les choix des sections. Il reconnaît volontiers que tout n’a pas été parfait, que des erreurs ou des insuffisances ont existé, mais il refuse que l’on réduise tout le fonctionnement du Mouvement à une logique de verrouillage.
Son propos est donc autant un bilan qu’un appel. Il invite à reprendre de « bonnes habitudes », à relancer le dialogue de façon réelle, continue et partagée, au lieu de ressasser à chaque occasion les mêmes critiques de principe. Le débat, même vif, ne doit pas être interprété comme une cassure ou une fracture, mais comme le signe normal d’un organisme vivant. Une formation politique ne peut pas fonctionner sans confrontation, ni sans tensions, mais ces tensions doivent s’inscrire dans un cadre collectif, avec des règles, des lieux et des temps reconnus.
Dans la dernière partie de son intervention, le président sortant adopte un ton plus personnel. Il prend acte des reproches qui lui ont été adressés, notamment en ce qui concerne les sections, et il présente ses excuses pour ses manques éventuels. Mais il rappelle aussi le travail accompli pour relancer l’activité des sections, tâche qu’il reconnaît lui-même difficile. Il ne cherche pas à se justifier à tout prix: il admet qu’on aurait pu faire mieux et qu’il restera toujours des marges d’amélioration. Il formule enfin un vœu pour l’avenir: que celui qui prendra la relève soit capable d’aller plus loin, de mieux résoudre ces problèmes, et que, lors d’une future « radiographie » du Mouvement, le tableau puisse être plus complet et plus satisfaisant.
En somme, cette intervention défend une idée centrale: les difficultés internes ne doivent pas être niées, mais elles ne doivent pas non plus être transformées en drame permanent. Le Mouvement a besoin d’un débat réel, d’une participation plus large, d’un dialogue plus partagé et d’un sens accru des responsabilités collectives. C’est à cette condition qu’il pourra tirer les leçons de ses fragilités et renforcer son fonctionnement démocratique.

Saint-Vincent, les 27-28 mars 1999

L’intervention des vices-présidents

Patrizia Guichardaz
Joseph-Gabriel Rivolin

L’année 1998 a représenté pour l’Union Valdôtaine un tournant majeur. Lors des élections régionales du 31 mai, le Mouvement a obtenu le meilleur résultat de son histoire, avec plus de 33 000 voix et dix-sept sièges au Conseil de la Vallée. Ce succès électoral a confirmé l’enracinement profond de l’Union Valdôtaine dans la société valdôtaine et lui a donné un rôle central dans la nouvelle majorité régionale. Les Valdôtains ont ainsi choisi de confier à la seule force politique qui, depuis toujours, défend leurs intérêts, la responsabilité de guider une phase nouvelle de la vie politique régionale, dans la perspective d’une Vallée d’Aoste toujours plus caractérisée par une haute qualité de vie, des services efficaces et des choix inspirés par une logique valdôtaine.
Ce résultat n’est pas né par hasard. Il a aussi été rendu possible par des choix précis du Mouvement, notamment celui d’aller à la rencontre directe des citoyens, de multiplier les moments de confrontation et d’expliquer clairement idées et stratégies. Cette méthode a porté ses fruits. La nouvelle majorité régionale repose largement sur la présence de l’Union Valdôtaine, qui compte les présidents de l’Assemblée et de l’Exécutif ainsi que cinq assesseurs sur sept. Parmi eux figure Charles Perrin, dont il faut rappeler le rôle déterminant dans la préparation de cette victoire historique, puisqu’il présidait le Mouvement jusqu’à son entrée au Gouvernement. Son nouveau mandat l’ayant rendu incompatible avec la présidence de l’Union Valdôtaine, la gestion du Mouvement a alors été assurée de manière collégiale par les deux vice-présidents, en étroite liaison avec le Comité fédéral.
Le rapport proposé ici ne prétend pas revenir sur l’ensemble de l’action de ces dernières années, déjà largement illustrée à l’occasion de congrès, de conférences nationales et d’autres rendez-vous internes. Il se concentre plutôt sur les événements les plus récents et sur leurs conséquences possibles, tout en réservant les grands thèmes politiques à une seconde phase du cinquième Congrès national. Il s’agit donc surtout d’une réflexion sur l’organisation du Mouvement, sur son fonctionnement, sur la situation politique actuelle et sur les défis à venir.
Un premier point concerne justement le fonctionnement interne de l’Union Valdôtaine à la suite de la réforme statutaire de février 1997. Cette révision avait été importante et ambitieuse. Un an et demi plus tard, un premier bilan peut être dressé. Les sections ont donné des signes très positifs, en particulier durant la campagne électorale, où elles ont su assumer pleinement leur rôle, de la désignation des candidats jusqu’à l’organisation du travail sur le terrain. C’est là que se trouve, plus que jamais, la vraie force du Mouvement. Quelques efforts supplémentaires restent toutefois nécessaires dans les périodes moins intenses, quand l’activité ordinaire tend à s’affaiblir.
Le Conseil fédéral, en revanche, semble encore connaître certaines difficultés. La réduction du nombre de ses membres n’a pas automatiquement entraîné une participation plus active. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette situation : le caractère encore très formel de cet organe, la difficulté pour certains membres de se sentir suffisamment informés ou légitimes pour intervenir, et la coexistence en son sein de réalités très différentes, allant du simple délégué aux membres du Gouvernement. La Conférence des présidents de sections, au contraire, se distingue par son caractère plus concret et plus proche du territoire ; elle apparaît comme un lieu de débat vivant, utile et constructif. Quant au Comité fédéral, issu de la fusion entre l’ancien Comité exécutif et le Bureau de direction, il semble avoir permis de trouver un meilleur équilibre entre l’exigence de distinguer les dirigeants des élus et la nécessité de garantir un lien permanent entre les deux sphères.
La figure du président occupe une place particulière dans cette organisation renouvelée. Selon les nouveaux statuts, elle représente la synthèse des multiples dimensions du Mouvement. Le président doit être à la fois le garant des valeurs fondamentales, le point de référence le plus large possible pour le peuple unioniste et une figure capable d’assurer l’efficacité de l’action politique grâce au choix de collaborateurs adaptés. Dans l’ensemble, la révision statutaire semble donc avoir donné davantage de dynamisme et de solidité à l’Union Valdôtaine, même si certaines améliorations restent nécessaires.
Le contexte italien doit ensuite être pris en considération. La faillite de la Commission bicamérale présidée par Massimo D’Alema constitue un élément central de cette période. Cette tentative de réforme institutionnelle avait suscité de vives inquiétudes en Vallée d’Aoste, car plusieurs propositions étaient potentiellement pénalisantes pour les Régions à statut spécial. Son échec montre une fois de plus l’incapacité des partis italiens à mener de véritables réformes de fond. La logique de la partitocratie romaine a prévalu sur toute volonté sérieuse de transformation. Cet épisode met en évidence le fossé entre les appareils politiques nationaux et les besoins réels des territoires. Il confirme surtout que les réformes ne peuvent avoir de sens que si elles partent d’en bas, des communes, des communautés locales, des régions et de leurs exigences concrètes. C’est exactement la voie choisie en Vallée d’Aoste pour la révision du Statut spécial, à travers la constitution d’un groupe de travail spécifique, appelé à produire des résultats intéressants.
Les rapports entre la Vallée d’Aoste et l’État italien demeurent ainsi un chapitre essentiel de l’action de l’Union Valdôtaine. Le Mouvement a suivi avec attention l’évolution de la politique italienne et a toujours affirmé que la simple rhétorique de la « deuxième République » restait vide tant qu’elle ne s’accompagnait pas d’une véritable réforme constitutionnelle. Dans ce cadre, l’Union Valdôtaine continue de revendiquer toute la validité de son projet pour une Italie fédérale, seul projet réellement cohérent et clairement fédéraliste jamais présenté au Parlement italien. En même temps, sans perdre de vue cet objectif de long terme, le Mouvement a su jouer un rôle concret et constructif pour élargir progressivement les marges de l’autonomie valdôtaine. Cela s’est traduit par une action vigilante, par des propositions précises et par un travail constant autour des dispositions d’application du Statut. Plusieurs choix stratégiques ont ainsi été accomplis, notamment dans le domaine de l’université, tandis que de nouveaux champs d’intervention s’ouvrent, comme celui de la radiotélévision.
Le soutien accordé aux gouvernements Prodi puis D’Alema a relevé d’un réalisme politique partagé aussi par la Sudtiroler Volkspartei. Ce soutien n’a jamais signifié une adhésion passive au bipolarisme italien, mais plutôt la volonté de défendre concrètement les intérêts de la Vallée d’Aoste en maintenant l’autonomie de jugement et d’action de l’Union Valdôtaine. Cette autonomie est encore plus nécessaire à l’heure où les choix européens prennent une importance croissante. À ce niveau, le Mouvement continue de revendiquer une application réelle du principe de subsidiarité et une valorisation des peuples minoritaires comme le peuple valdôtain, dans une perspective européenne fondée sur la diversité et la protection des minorités nationales.
Sur le plan interne, la force de l’Union Valdôtaine réside d’abord dans son organisation territoriale. Les sections représentent un véritable réseau de présence et de contact direct avec la société valdôtaine. Elles couvrent pratiquement toute la Vallée d’Aoste et constituent le principal outil de lien entre le Mouvement et les réalités locales. Cette organisation doit être entretenue, renforcée et constamment soutenue. Le siège central et celui de Pont-Saint-Martin jouent également un rôle important de coordination, de secrétariat et de service au profit des organes, des sections et des adhérents.
L’activité éditoriale représente un autre aspect stratégique. Depuis 1954, l’Union Valdôtaine publie l’hebdomadaire Le Peuple Valdôtain, unique journal paraissant entièrement en langue française dans la région. Cet organe constitue un espace de réflexion, de débat et de confrontation interne, en contraste avec des médias locaux souvent davantage attirés par les polémiques ou les intérêts à courte vue. Il est toutefois nécessaire de renforcer encore son lien avec le territoire, en sollicitant davantage la participation des sections et en prévoyant, par exemple, un responsable des relations avec la presse dans chacune d’elles. Plus largement, l’Union Valdôtaine pourrait redonner un nouvel essor à son activité d’édition à travers brochures, publications de fond et valorisation de textes doctrinaux. Le développement du site internet du Mouvement ouvre aussi des perspectives nouvelles, à condition qu’il soit intégré à une stratégie plus vaste de communication.
Le résultat électoral de mai 1998 oblige enfin à une réflexion de fond. Avec dix-sept conseillers, plus de trente-trois mille voix et le soutien apporté à la liste Walser, l’Union Valdôtaine a frôlé la majorité absolue, rêve ancien des pères du Mouvement. Un tel succès ne peut pas être considéré comme une simple victoire arithmétique. Il confère au Mouvement une mission : transformer le consensus électoral en adhésion idéale, en participation active et en engagement de qualité. Il ne suffit pas de recueillir des voix ; il faut faire comprendre que l’Union Valdôtaine ne cherche pas seulement à gagner des élections, mais à travailler avec les Valdôtains et pour eux, afin de construire une région où il soit possible de vivre dignement, sereinement et avec confiance dans l’avenir. Le critère central du Mouvement doit rester la qualité et non la simple quantité.
La question du rapport entre élus et Mouvement est donc fondamentale. Le Mouvement doit définir les lignes politiques, former les adhérents, élaborer les projets, promouvoir son image, organiser la vie interne et maintenir les liens entre base, organes et institutions. Les élus, de leur côté, sont les délégués de l’Union Valdôtaine dans les charges publiques. Ils doivent agir avec autonomie, mais en s’inspirant toujours des principes du Mouvement et en maintenant un dialogue constant avec ses organes, surtout lorsque leurs choix ont une portée éminemment politique. Les élus sont naturellement portés vers la négociation et le compromis, tandis que le Mouvement doit garder vivant l’horizon des idéaux. Les deux pôles sont donc complémentaires et doivent coopérer dans le respect de leurs rôles respectifs.
Quant au cadre politique valdôtain, il devient toujours plus clair. La distinction entre les forces qui donnent la priorité à l’autonomie valdôtaine et celles qui restent liées à des logiques italiennes apparaît désormais évidente. Les Valdôtains attendent des réponses concrètes à leurs problèmes quotidiens et refusent de plus en plus les schémas rigides de la droite, du centre ou de la gauche importés de Rome. Ils veulent être protagonistes de leur avenir et ne plus entendre de leçons venues de forces extérieures qui connaissent mal la réalité valdôtaine. L’Union Valdôtaine, de son côté, a toujours affirmé sa position « au-dessus » des clivages traditionnels, précisément parce qu’elle place au centre non les schémas idéologiques italiens, mais les intérêts de la communauté valdôtaine.
Cette cohérence a été récompensée, alors que plusieurs autres forces traversent des difficultés : les autonomistes concurrents ont connu une baisse sensible, les Verts semblent en crise, Forza Italia n’apparaît pas en mesure de proposer un véritable projet valdôtain, tandis que la Lega Nord et Rifondazione Comunista ont disparu du Conseil régional. Dans ce panorama, les partenaires actuels du gouvernement, la Fédération autonomiste et les Democratici di Sinistra – Gauche valdôtaine, ont joué une partie claire et loyale, sur la base d’un programme partagé. Le dialogue avec eux doit continuer dans un esprit de sincérité, de collaboration et de responsabilité.
Le gouvernement actuellement en charge, présidé par Dino Viérin, constitue ainsi une majorité stable, cohérente et efficace, marquée par une forte présence de l’Union Valdôtaine. Réduite dans sa structure par rapport au passé, mais renforcée dans sa qualité, cette majorité représente, à l’heure actuelle, la formule la plus adaptée aux exigences de la Vallée d’Aoste. La crédibilité du Mouvement, sa présence et son patrimoine idéal doivent être sauvegardés à tout prix, car ils sont essentiels dans un moment de grands changements où le destin du peuple valdôtain reste en jeu.
L’année 1999 verra également un rendez-vous important : les élections européennes. Les élections du Trentin-Haut-Adige ont récemment montré que les forces autonomistes restent capables d’obtenir de grands résultats. La Sudtiroler Volkspartei a confortablement maintenu sa majorité, tandis que le Partito Autonomista Trentino Tirolese a également confirmé son poids. Ces résultats doivent renforcer les convictions de l’Union Valdôtaine. Même si la revendication historique d’un collège électoral correspondant au territoire valdôtain n’a pas encore été satisfaite, le Mouvement devra travailler à des alliances adaptées, avec des forces partageant les valeurs de l’autonomie et du fédéralisme, afin de garantir à nouveau une présence significative à Strasbourg.
Enfin, il convient de rappeler la « question souveraineté », thème central du Congrès extraordinaire de 1996. La souveraineté politique du peuple valdôtain constitue l’objectif principal du Mouvement et son signe distinctif le plus profond. Elle doit être comprise comme le droit d’une communauté à décider librement de son avenir, sans conditionnement extérieur. Elle est la condition préalable à tout véritable fédéralisme, lequel ne peut être qu’un pacte libre entre communautés libres. C’est dans cette perspective que l’Union Valdôtaine veut contribuer à la construction de l’Europe des peuples. Pour cela, il faut avant tout maintenir vivante l’identité valdôtaine, non comme privilège d’une élite, mais comme responsabilité collective de tous les individus, dirigeants, élus et citoyens.
En conclusion, l’Union Valdôtaine aborde cette nouvelle étape forte d’un succès électoral historique, d’un enracinement territorial solide et d’une ligne politique claire. Mais ce succès impose aussi des devoirs : préserver l’unité, éviter les divisions, rester fidèles aux idéaux fondateurs et poursuivre une action au service de l’ensemble des Valdôtains. Le débat interne doit continuer, car il est le fondement d’une démocratie moderne, mais il doit toujours s’inscrire dans le cadre de cette unité qui a fait la force du Mouvement. Les adversaires chercheront sans doute à semer la discorde ; il faudra donc opposer à ces tentatives une cohésion toujours plus consciente et plus solide. Aujourd’hui, il s’agit de tourner la page et d’ouvrir une nouvelle phase, avec lucidité, responsabilité et confiance.

Saint-Vincent, les 17-19 décembre 1993

L’intervention du président

Alexis Bétemps

Au cours des cinq années écoulées, le contexte mondial, européen, italien et valdôtain a profondément changé, au point d’imposer une réflexion politique de fond. Le monde est devenu toujours davantage ce « village global » annoncé par McLuhan : les distances se réduisent, les informations circulent partout, mais cette ouverture apparente s’accompagne aussi d’une standardisation croissante et d’un contrôle médiatique toujours plus puissant. Dans ce cadre, l’« intramontanisme » valdôtain, loin d’être un repli nostalgique, demeure un choix politique de continuité, une source d’inspiration et un rappel à la liberté. Mais nos montagnes ne nous protègent plus des transformations extérieures : pour choisir librement notre avenir, nous devons être plus attentifs que jamais à ce qui se passe autour de nous.
L’une des grandes inquiétudes du texte concerne la concentration croissante des pouvoirs, économiques, médiatiques et sociaux, qui menace la participation directe des citoyens, fondement même de la démocratie. La disparition du marxisme comme système alternatif a également privé le monde d’un contrepoids qui avait longtemps obligé les démocraties occidentales à respecter davantage les libertés. Dans ce vide idéologique, la montée de forces de droite d’inspiration néo-fasciste est perçue comme un signal alarmant. De même, les luttes des peuples minoritaires, autrefois mieux comprises, sont désormais souvent présentées comme des facteurs de déstabilisation d’un ordre qui convient aux pouvoirs établis. Dans ce contexte, la lutte du peuple valdôtain devient plus difficile, malgré le retour de l’idée fédéraliste en Italie. Les tentatives de limiter les autonomies locales se multiplient, souvent de façon sournoise, et exigent une vigilance maximale.
La situation politique italienne apparaît particulièrement dégradée. La crise des partis traditionnels est profonde, le centre politique historique s’est effondré sous le poids des scandales et de son incapacité, tandis que de nouvelles recompositions s’annoncent, marquées notamment par le transformisme persistant. L’évolution rapide de la Lega inquiète : derrière le discours fédéraliste, le risque est de voir émerger un régionalisme appauvri, oscillant entre folklore et défense des intérêts des régions riches. L’Italie semble se diriger vers une simplification brutale de son paysage politique, avec une droite réduite, un grand centre reconstitué, une gauche progressiste durablement affaiblie et une extrême gauche morcelée.
La Vallée d’Aoste, même avec un certain décalage, subit directement ces crises italiennes. La crise économique commence à peser lourdement sur le pays : l’industrie traverse des difficultés sérieuses, l’agriculture poursuit son déclin, le tourisme reste fragile et dépendant de la conjoncture, le commerce souffre également. Certes, certains accords récents, comme ceux concernant la Cogne ou la convention SITAV, constituent des signaux positifs, mais les problèmes demeurent énormes. Il devient nécessaire de repenser rapidement l’ensemble du modèle de développement régional. Cette crise atteint aussi l’emploi : après des années durant lesquelles les jeunes pouvaient espérer travailler dans leur pays, l’incertitude revient. Le spectre de l’émigration, véritable maladie historique de la Vallée d’Aoste, réapparaît. Les secteurs productifs sont en difficulté, les emplois administratifs sont saturés, le tourisme ne garantit pas toujours la stabilité, et les entrepreneurs locaux, longtemps habitués au soutien régional, semblent avoir perdu une partie de leur énergie.
À cette crise économique s’ajoute une crise institutionnelle. En Italie, toute réforme constitutionnelle implique une redéfinition des rapports entre l’État et les régions à Statut spécial. La Vallée d’Aoste a déjà fait l’expérience de l’intolérance du pouvoir central à l’égard de son autonomie. Une éventuelle révision des statuts n’est acceptable qu’à condition qu’elle aboutisse à une autonomie politique et financière renforcée. Mais les institutions régionales elles-mêmes doivent aussi être repensées. Une occasion a été manquée lors de la dernière réforme électorale, faute de courage politique, et les dernières élections en ont montré les conséquences. Il faut rouvrir ce chantier, en réfléchissant notamment à des modèles plus efficaces, comme un système inspiré du modèle suisse, avec élection directe de l’exécutif, séparation nette des pouvoirs, limitation des mandats et rotation des responsabilités.
Les communautés locales, si chères à la tradition valdôtaine, traversent elles aussi une crise. Il devient urgent de redéfinir les rapports entre la Région et les communes et de valoriser les compétences des collectivités locales. Il faut rendre aux communes la place qui leur revient, car la force de l’Union Valdôtaine passe aussi, et peut-être surtout, par elles. Plus largement, il faut rendre aux citoyens l’amour et le respect des institutions valdôtaines, afin qu’elles ne soient plus perçues comme étrangères ou réservées à quelques privilégiés.
Le texte met aussi en lumière une crise morale profonde. Les événements récents ont engendré une méfiance généralisée envers la politique. Toutes les forces traditionnelles ont été touchées, y compris l’Union Valdôtaine, alors qu’on avait pu croire un moment qu’elle resterait à l’écart. Il ne s’agit pas ici de prononcer des condamnations définitives, mais de reconnaître que des comportements peu transparents ont existé et qu’ils ont provoqué un éloignement accru de la population vis-à-vis du monde politique. Or, pour l’Union Valdôtaine, qui veut représenter un peuple brimé dans ses droits et qui a toujours revendiqué sa différence, l’exigence d’exemplarité est encore plus forte que pour les autres.
Malgré tout, dans un cadre politique valdôtain bouleversé par l’éclatement ou la transformation de presque toutes les forces politiques, l’Union Valdôtaine sort renforcée des dernières consultations électorales. Elle apparaît aujourd’hui comme la force la plus solide, unie et centrale de la politique valdôtaine. Alors que la confusion et l’instabilité règnent, elle demeure le principal point de repère. Mais le paysage n’a pas encore atteint son nouvel équilibre : des regroupements sont en cours, et tout laisse penser qu’un pôle autonomiste et fédéraliste devra se constituer autour de l’Union Valdôtaine.
Dans ce contexte sombre et mouvant, le Congrès doit donner au Mouvement des lignes politiques claires, des programmes, une structure renouvelée, une unité renforcée et une nouvelle manière de faire de la politique. Si l’Union Valdôtaine peut aujourd’hui apparaître comme la force la plus moderne, ce n’est pas parce qu’elle aurait changé brutalement, mais parce qu’elle est restée fidèle à son patrimoine politique originel. C’est cette fidélité qui la place à l’avant-garde.
Le danger majeur du « village global » est celui de l’uniformisation, de la massification et du contrôle des consciences. Défendre les particularités locales, linguistiques et culturelles, ce n’est pas cultiver la marginalité, mais armer les personnes pour la liberté. Le problème des minorités en Italie prend ainsi une portée universelle : l’Italie elle-même sera minoritaire dans l’Europe, et l’Europe minoritaire dans le monde. Défendre les minorités, c’est refuser que le plus fort impose toujours sa loi. Dans cette perspective, travailler pour l’épanouissement du français, langue pleinement nôtre au même titre qu’elle appartient aux Français, aux Suisses, aux Wallons ou aux Québécois, signifie à la fois affirmer notre identité et ouvrir plus largement la Vallée d’Aoste à l’Europe.
Le seul modèle capable de concilier unité et respect des particularismes est, selon le texte, le modèle fédéral. Mais ce fédéralisme ne peut être la simple somme des États actuels ; il doit naître d’un accord libre entre communautés affranchies. L’idée d’autodétermination des peuples, reconnue par les Nations unies, doit donc être approfondie, développée et proclamée sans crainte. Des étapes intermédiaires sont nécessaires, comme l’avait déjà compris Émile Chanoux avec son projet de république fédérale, mais l’objectif final ne doit jamais être oublié.
Pour faire avancer ce projet, il faut élargir le consensus autour de la proposition unioniste et travailler à la formation d’un pôle autonomiste et fédéraliste ouvert à d’autres forces partageant l’essentiel du projet. Mais s’élargir suppose aussi se renouveler. Ce renouvellement ne consiste pas à sacrifier les principes, mais à adapter l’instrument politique aux temps nouveaux. Il suppose un retour aux idéaux, qui n’ont jamais disparu mais dont la force s’est parfois affaiblie. Il suppose aussi une redécouverte de la politique comme service, et non comme carrière, privilège ou course au pouvoir.
Le texte insiste fortement sur l’éthique politique. Les citoyens demandent avant tout des projets clairs, de la compétence, du dévouement et surtout de l’honnêteté. Ils peuvent pardonner beaucoup d’erreurs, mais jamais la malhonnêteté. C’est pourquoi toute force politique doit rester au-dessus de tout soupçon. Lorsqu’une dérive apparaît, il ne suffit pas d’en écarter les responsables éventuels : il faut aussi analyser les causes profondes, sans chasse aux sorcières, en reconnaissant les responsabilités du système économique, de l’information et d’une culture politique elle-même souvent défaillante.
Enfin, pour mener ce programme à bien, le Mouvement doit retrouver toute sa centralité. Il doit tracer les lignes, élaborer les projets, former les adhérents, coordonner l’action, veiller à son organisation et maintenir les contacts entre organes, élus et militants. Les élus, pour leur part, doivent agir comme délégués du Mouvement dans les institutions publiques. Mouvement et élus forment les deux pôles essentiels de l’action unioniste : chacun doit conserver sa sphère propre, dans une autonomie réciproque, mais avec une coordination étroite. Pendant trop longtemps, le Mouvement a suivi plus qu’il n’a guidé le gouvernement régional. Il faut corriger cela.
Le texte se conclut sur un appel à un Congrès approfondi, libre de tout tabou, capable de renouveler les organes du Mouvement, de préparer les prochaines échéances électorales italiennes et européennes, et surtout de faire croître l’Union Valdôtaine en qualité. Malgré les difficultés, l’expérience montre que c’est précisément dans les moments les plus durs que l’Union Valdôtaine a toujours su retrouver ses ressources les plus profondes.

L’intervention du secrétaire général

Guy Grimod

Cinq ans après avoir reçu, le 19 mars 1989, la confiance du Mouvement pour exercer la fonction de Secrétaire général, le rapport dresse un bilan politique, organisationnel et idéal de l’Union Valdôtaine dans une période marquée par des bouleversements profonds. Entre le IIIe et le IVe Congrès national, le monde a connu des transformations radicales qui ont fortement influencé la Vallée d’Aoste et l’action du Mouvement. Face à cette complexité, le rapport s’articule autour de deux axes : l’analyse des événements vécus et la réaffirmation du patrimoine idéal fondé sur le fédéralisme.
Dès le départ, l’auteur souligne que son action a été guidée par un objectif prioritaire : préserver l’unité du Mouvement au-delà des personnalismes, condition indispensable pour servir efficacement la Vallée d’Aoste et défendre les droits d’un peuple minoritaire. L’Union Valdôtaine ne peut jouer son rôle que si elle demeure un point d’agrégation fort, capable de tendre vers une position majoritaire afin de soutenir l’autonomie, la liberté et le droit à l’autodétermination.
La période s’ouvre avec les élections européennes de 1989, marquées par la création de la liste « Federalismo », rassemblant plusieurs mouvements autonomistes et fédéralistes. Le résultat, positif, confirme la centralité de ces forces en Vallée d’Aoste et permet l’élection d’un représentant au Parlement européen. Toutefois, le non-respect des accords par le Partito Sardo d’Azione entraîne une rupture des relations, illustrant les difficultés de coopération entre mouvements similaires.
L’année 1989 est également marquée par un événement historique majeur : la chute du mur de Berlin. Cet événement symbolise la fin d’un cycle politique et idéologique et provoque des transformations profondes en Europe. En Italie, le système politique entre en crise : les partis traditionnels s’affaiblissent, le centralisme étatique est contesté et de nouvelles forces émergent, notamment la Lega Lombarda. L’Union Valdôtaine observe avec attention ces évolutions, y voyant à la fois des risques et des opportunités pour l’affirmation du fédéralisme.
En 1990, les élections communales confirment la progression du Mouvement sur l’ensemble du territoire, avec une présence renforcée dans les communes et un enracinement local solide. Toutefois, cette dynamique est brusquement interrompue par le « ribaltone » de juin 1990, alliance hétérogène visant à isoler l’Union Valdôtaine. Face à cette tentative, le Mouvement réagit avec responsabilité, en évitant les divisions internes et en privilégiant l’unité. Cette période difficile permet néanmoins de renforcer la cohésion interne et de regagner la confiance de la population.
Deux épisodes marquants illustrent cette phase : le débat sur la candidature aux Jeux Olympiques de 1998, qui mobilise fortement la société valdôtaine, et la prise de position de personnalités politiques comme Lanivi et Dujany, qui refusent les logiques opportunistes et réaffirment une ligne politique cohérente. Ces éléments préparent le terrain pour les échéances politiques suivantes.
En 1991, le Mouvement poursuit son action et affirme plus clairement ses positions idéologiques, notamment à travers une réflexion approfondie sur l’autonomie, le fédéralisme et le droit à l’autodétermination. Une proposition de transformation fédérale de l’État italien est élaborée et présentée, constituant une étape importante dans la construction d’un projet politique cohérent. Malgré les tentatives des partis centralistes de marginaliser ces idées, la population valdôtaine y adhère de plus en plus, signe d’une évolution culturelle profonde.
Les élections politiques de 1992 marquent un tournant décisif. Face aux forces centralistes, l’Union Valdôtaine et ses alliés autonomistes remportent une victoire nette, traduisant la volonté populaire de changement. Cette victoire entraîne une recomposition du cadre politique régional et la formation d’une nouvelle majorité fondée sur des principes autonomistes, fédéralistes et progressistes. Malgré les difficultés et les tensions héritées du passé, cette expérience permet de poser les bases d’une collaboration plus structurée entre les différentes forces politiques.
En 1993, les élections régionales confirment la progression de l’Union Valdôtaine, qui atteint un niveau élevé de consensus électoral. Bien que pénalisé par le système électoral, le Mouvement parvient à constituer un gouvernement régional solide et cohérent. Cette majorité, malgré certaines tensions internes, s’inscrit dans une dynamique d’innovation politique et d’anticipation des évolutions futures. Plusieurs résultats concrets sont obtenus, notamment dans les domaines industriel, financier et administratif.
Le rapport aborde également la question morale, notamment à travers l’affaire Rollandin. Il souligne la nécessité de distinguer les responsabilités individuelles de celles du Mouvement, tout en affirmant l’exigence de préserver l’image et la crédibilité de l’Union Valdôtaine. Cette situation doit conduire à renforcer les mécanismes internes de contrôle et à lutter contre les dérives liées à la collusion entre politique et intérêts particuliers. La moralisation de la vie politique passe aussi par une responsabilité collective des citoyens, appelés à ne pas placer les élus dans des situations ambiguës.
Au-delà des événements, le rapport réaffirme avec force la validité du projet fédéraliste. Le fédéralisme intégral est présenté comme la seule réponse aux crises de l’État unitaire centralisé et comme le fondement d’une démocratie plus libre, plus participative et plus équilibrée. En répartissant les compétences selon le principe de subsidiarité, il permet de limiter la concentration du pouvoir et de renforcer la liberté des citoyens. Cette vision s’inscrit dans une perspective plus large, celle de l’Europe des peuples, où la Vallée d’Aoste doit trouver pleinement sa place.
Dans ce contexte, il est nécessaire de renforcer l’autonomie politique et financière de la Région, notamment à travers la gestion directe des ressources et l’instauration d’un système fiscal adapté. Le fédéralisme doit être appliqué à tous les domaines, de l’organisation institutionnelle à l’économie, en passant par les collectivités locales. L’objectif est de construire une société fondée sur la responsabilité, la solidarité et la participation.
Face à un paysage politique en pleine recomposition, le rapport appelle à la constitution d’un pôle autonomiste et fédéraliste capable de rassembler les forces partageant ces principes. Cette stratégie suppose un effort de dialogue, de confrontation et de renouvellement, afin d’éviter la fragmentation et de construire un projet commun solide. Dans le même temps, il est nécessaire de maintenir une ouverture vers d’autres forces politiques, dans un esprit de collaboration et de respect des différences.
En conclusion, le rapport souligne que le IVe Congrès doit marquer une étape décisive pour l’avenir du Mouvement. Il doit relancer son organisation, définir des orientations claires sur les enjeux actuels, soutenir l’action gouvernementale et renforcer l’unité interne. L’Union Valdôtaine, forte de ses milliers d’adhérents et de son enracinement dans la société, demeure un instrument essentiel au service de la Vallée d’Aoste. Son avenir dépend de sa capacité à rester fidèle à ses idéaux tout en s’adaptant aux transformations du monde contemporain.
Enfin, en quittant ses fonctions, l’auteur exprime sa gratitude envers les militants et réaffirme son engagement au service des idéaux du Mouvement, convaincu que l’unité reste la condition première pour affronter les défis à venir et construire l’avenir de la Vallée d’Aoste.

La résolution

Les délégués de l’Union Valdôtaine, réunis à Saint-Vincent les 17, 18 et 19 décembre 1993 à l’occasion du IVe Congrès national :
– réaffirment, tout d’abord, l’actualité du fédéralisme global que le Mouvement, plongeant ses racines dans l’héritage de la pensée politique du passé, prône depuis sa fondation ;
– demandent l’unité des Valdôtains autour de ses principes fondamentaux afin de favoriser la libre disposition du peuple valdôtain ;
– engagent l’Union Valdôtaine à œuvrer concrètement, dans le respect de ces principes, pour réformer les institutions de l’État italien et de la Vallée d’Aoste dans le cadre d’une Europe fédérée des peuples ;
– demandent que, pour la valorisation du rôle des collectivités locales, s’instaure une véritable démocratie fédérale ;
– souhaitent que ce projet soit également partagé par toutes les forces politiques autonomistes et fédéralistes de la Vallée d’Aoste ;
– invitent tout d’abord les organes de l’Union Valdôtaine à poursuivre leur action en vue de l’agrégation des forces susdites ;
– invitent également à ouvrir une confrontation sur ce thème avec toutes les forces politiques de la Vallée d’Aoste, et en particulier avec les forces progressistes, afin de contribuer à la création d’une société fondée sur les valeurs d’autonomie, de coopération, de subsidiarité et de participation, et de rendre toujours plus incisive et efficace l’action administrative conduite par le Gouvernement valdôtain.

Saint-Vincent, les 16-19 mars 1989

L’intervention du secrétaire général

Guy Grimod

À l’ouverture du IIIe Congrès national, l’Union Valdôtaine se trouve à un moment décisif de son histoire : celui de définir une ligne politique capable de consolider son rôle de force centrale, en mesure de représenter concrètement les intérêts matériels et spirituels du peuple valdôtain à l’approche de l’intégration européenne.
Le Mouvement a su surmonter des phases d’incertitude liées à la crise économique, notamment dans le secteur sidérurgique, en apportant des réponses structurées aux problèmes du chômage, de la reconversion industrielle et de la formation professionnelle. Cette action a été rendue possible grâce à la stabilité politique garantie par l’Union Valdôtaine, qui a su maintenir un lien constant avec la population. La confiance exprimée par les électeurs confirme cette proximité : l’Union Valdôtaine n’est pas une simple force de pouvoir, mais un mouvement enraciné dans la société.
Le fédéralisme intégral constitue le fondement idéologique du Mouvement. Il ne se limite pas à une organisation institutionnelle, mais vise une transformation globale de la société, où chaque problème est traité au niveau le plus approprié. Cette vision repose sur une dialectique essentielle : l’unité dans la diversité. L’Union Valdôtaine affirme ainsi le droit du peuple valdôtain à disposer librement de son destin, en valorisant sa langue, sa culture et son histoire.
L’autonomie est un concept central, profondément enraciné dans la tradition valdôtaine mais toujours actuel. Elle suppose des compétences larges et effectives, exercées sans tutelle. Toutefois, elle ne signifie ni isolement ni autarcie : elle implique au contraire coopération et solidarité. L’autonomie est donc un équilibre dynamique, fondé sur le dialogue entre différentes entités libres et responsables.
Dans cette perspective, le centralisme étatique est critiqué comme source de conflits, d’uniformisation culturelle et de négation des identités. À l’inverse, le respect des diversités et la tolérance apparaissent comme les bases d’une coexistence pacifique. La défense des minorités devient ainsi un indicateur de maturité démocratique et un fondement de la paix.
Une attention particulière est portée à la question environnementale. L’écologie est conçue non comme une mode, mais comme une politique des équilibres entre l’homme et la nature. Le territoire de montagne, fragile par nature, nécessite une gestion responsable et active. L’homme ne doit ni dominer ni subir la nature, mais coexister avec elle dans un équilibre respectueux. Dans ce cadre, le rôle de l’agriculteur est revalorisé : il n’est pas seulement producteur, mais aussi gardien du territoire et de l’environnement. La protection de la nature doit également tenir compte des besoins des populations locales, notamment dans des zones comme le Parc du Grand Paradis.
L’Union Valdôtaine fonde son action sur la foi dans l’homme. Elle affirme la nécessité de garantir à chacun les besoins fondamentaux (alimentation, logement, santé, éducation), condition indispensable à l’épanouissement individuel et collectif. Le développement économique doit ainsi être orienté vers la libération de l’homme, en favorisant l’accès à des besoins supérieurs, culturels et spirituels.
Le Congrès s’inscrit dans la continuité d’un parcours engagé depuis 1979, marqué par la définition d’un projet valdôtain d’autonomie intégrale et d’autodétermination. Les années suivantes ont permis d’obtenir des résultats significatifs, malgré des difficultés politiques et économiques. L’Union Valdôtaine a renforcé sa position centrale dans la vie politique régionale et consolidé son rôle d’acteur principal de l’unité du peuple valdôtain.
Dans le domaine des alliances, le Mouvement privilégie des accords fondés sur des programmes communs, tout en maintenant son indépendance politique. Il se déclare ouvert au dialogue avec toutes les forces, mais refuse toute subordination aux partis étatiques.
Les élections européennes représentent un enjeu stratégique majeur. L’Union Valdôtaine réaffirme sa volonté d’obtenir une représentation directe pour la Vallée d’Aoste et de poursuivre la coopération avec les mouvements autonomistes et fédéralistes européens. Elle rejette les alliances avec les partis étatiques italiens, préférant une stratégie cohérente avec ses principes, fondée sur la solidarité entre peuples minoritaires.
Le texte rappelle également les racines historiques de l’Union Valdôtaine, en évoquant la pensée de Séverin Caveri : au-delà des divisions politiques, l’identité valdôtaine constitue le fondement commun. L’unité du peuple est présentée comme la condition essentielle pour défendre ses droits et son avenir.
Le projet politique du Mouvement s’inscrit dans une vision fédéraliste : une Vallée d’Aoste libre de s’organiser, de se gouverner et de se développer, dans le cadre d’une Europe des peuples. Cette ambition se heurte toutefois aux limites du Statut actuel, conçu dans une logique étatique, qui restreint les potentialités de l’autonomie.
Dans ce contexte, l’Union Valdôtaine entend poursuivre une stratégie pragmatique : tirer le maximum des instruments existants tout en visant des objectifs plus ambitieux à long terme. La formation des jeunes et l’adaptation du système éducatif aux réalités économiques et sociales constituent des priorités. La création de lycées techniques et le lien entre éducation et monde du travail sont essentiels pour garantir l’autonomie réelle du territoire.
En conclusion, le texte appelle à un engagement collectif, à tous les niveaux, pour servir la cause valdôtaine. Il souligne la nécessité de former des citoyens compétents, responsables et conscients de leur identité. Le Congrès est ainsi invité à définir les orientations futures du Mouvement, dans un esprit d’unité, de responsabilité et de confiance dans l’avenir.

L’intervention du président

Alexis Bétemps

Dans son intervention de clôture du IIIe Congrès national de l’Union Valdôtaine, Alexis Bétemps dresse un bilan à la fois politique, humain et moral des travaux, en soulignant d’emblée la qualité remarquable des interventions. Il salue la richesse des contributions sur les plans politique, culturel et linguistique, mais aussi la sincérité et le sens de l’équilibre qui ont permis d’aborder tous les sujets sans provoquer de fracture. Pour lui, ce Congrès confirme une vérité essentielle : l’Union Valdôtaine est toujours là, forte de son histoire et capable de se renouveler, cohérente dans ses principes et solide dans sa cohésion.
Le président insiste d’abord sur la réaffirmation des principes fondamentaux du Mouvement, tels qu’ils figurent dans les premiers articles des statuts. Au centre de ces principes se trouvent la défense de la langue, de la culture valdôtaine et de l’identité du peuple valdôtain. Ces thèmes, largement repris par les congressistes, apparaissent comme le cœur même de l’action politique et administrative de l’Union Valdôtaine. Le fédéralisme intégral reste la doctrine de référence, fondé sur trois notions essentielles — solidarité, coopération, participation — qui ne sont pas seulement des mots d’ordre politiques, mais des réalités enracinées dans l’histoire et dans les pratiques communautaires des villages valdôtains.
Cette vision conduit naturellement à l’Europe des peuples, que Bétemps présente comme un horizon incontournable, voire comme l’unique véritable perspective de salut pour les peuples minoritaires. Dans le même temps, il réaffirme avec force l’autonomie absolue de l’Union Valdôtaine dans le choix de ses alliances. Celles-ci ne doivent jamais être dictées de l’extérieur, mais déterminées librement en fonction des circonstances et de l’utilité politique des partenariats.
Une part importante de son discours est consacrée à la question des « nouveaux adhérents ». Bétemps considère comme normal qu’un mouvement politique appelé à grandir accueille de nouvelles personnes. Il ne porte pas de jugement global sur ces arrivées, car il dit ne pas vouloir « lire dans les cœurs », mais il exprime un critère clair : sont bienvenus tous ceux qui rejoignent l’Union Valdôtaine par conviction, par choix politique ou par fidélité à l’idéal valdôtain. Il distingue plusieurs cas. Il accueille favorablement ceux qui ont toujours partagé les idéaux unionistes, même s’ils ont milité ailleurs ; il accueille aussi avec bienveillance les jeunes qui entrent pour la première fois en politique ; il ouvre également la porte aux ouvriers et aux immigrés modestes qui, reconnaissants envers la Vallée d’Aoste, choisissent de faire confiance au Mouvement. En revanche, il met en garde contre ceux qui n’ont jamais eu ni parti, ni idéal, ni cohérence, et qui n’agissent qu’en fonction de leurs intérêts personnels : ceux-là, dit-il, ne doivent pas trouver place dans la « maison unioniste ».
À propos des nouveaux adhérents italophones, Bétemps adopte un ton d’ouverture mais aussi d’exigence. Ils sont les bienvenus, affirme-t-il, mais ils doivent faire progressivement l’effort d’apprendre la langue et de mieux connaître la culture valdôtaine. Être valdôtain n’est pas, à ses yeux, une question de race, mais une question de choix, de culture et d’appartenance assumée. Il estime donc que le Mouvement, et même l’administration régionale, devraient se doter d’une stratégie d’intégration linguistique et culturelle pour accompagner ces bonnes volontés et favoriser la reconstruction d’une unité culturelle valdôtaine.
Le président s’adresse ensuite longuement à la jeunesse. Il voit en elle l’avenir, l’espoir et la continuité du Mouvement. Il lui demande de soigner à la fois sa formation politique et sa préparation professionnelle, car la Vallée d’Aoste a besoin non seulement de militants fidèles aux idéaux unionistes, mais aussi de techniciens, de cadres et de professionnels capables d’affronter les problèmes du pays dans une optique valdôtaine. Il appelle les jeunes à rester fidèles aux principes réaffirmés durant ce Congrès, à agir avec enthousiasme et sincérité, et aussi à jouer un rôle stimulant vis-à-vis des générations plus âgées. Selon lui, les jeunes doivent être capables de secouer périodiquement le Mouvement pour empêcher les responsables de s’enfermer dans la routine ou dans la « politique politicienne ».
Bétemps évoque aussi, avec une tonalité plus personnelle, les temps plus difficiles du passé, lorsqu’être unioniste signifiait souvent subir humiliations, moqueries et hostilité. Parler français en public exposait alors aux huées. Ce rappel historique vise à faire comprendre aux jeunes que l’engagement unioniste a toujours demandé du courage, même si les formes de la difficulté ont changé. Aujourd’hui encore, dit-il, être unioniste reste exigeant, surtout sur le plan linguistique et culturel. Il refuse d’ailleurs qu’on puisse mettre aux voix la question de l’emploi de la langue, car ce choix est déjà inscrit dans les statuts et constitue un fondement non négociable du Mouvement. Il se montre particulièrement sévère envers les jeunes valdôtains qui, après de longues années d’enseignement du français, continuent à parler italien entre eux dans les lieux mêmes du Mouvement.
Une autre partie importante de l’intervention concerne les rapports entre le Mouvement et l’administration. Bétemps souligne que le Congrès a confirmé à la fois leur indépendance et leur interdépendance. L’indépendance, parce que chacun a ses fonctions propres : le Mouvement doit tracer les lignes, élaborer les projets, contrôler l’action ; les élus, eux, doivent mettre en œuvre ces orientations, en tenant compte des médiations et des contraintes imposées par les lois de l’État ou par les alliances. Mais il y a aussi interdépendance, car Mouvement et administration doivent entretenir un échange constant d’informations, de collaboration et de confrontation, dans le respect des rôles de chacun. Il insiste particulièrement sur la primauté du Mouvement, qu’il considère comme la sève de toute action politique. Toutefois, cette primauté n’a de sens que si le Mouvement adopte une attitude constructive, travaille sérieusement et sait formuler des propositions claires, plutôt que de prétendre gérer lui-même les détails quotidiens de l’administration.
Dans cette logique, Bétemps rappelle que les élus ne doivent jamais se sentir seuls. Ils doivent pouvoir s’appuyer sur le Mouvement, sur ses organes et sur ses militants, qui doivent rester leurs premiers conseillers. Sans cet appui, les élus risquent, selon lui, d’être influencés par des opportunistes, des faux experts ou des manœuvriers de couloir.
Le président revient aussi sur deux notions qui ont beaucoup circulé durant le Congrès : le pragmatisme et l’idéal. Il refuse qu’on les oppose. Pour lui, l’idéal unioniste doit toujours être habité par le pragmatisme, car il ne s’agit pas de rêver abstraitement, mais d’avancer avec prudence, intelligence et sens du possible. Inversement, le pragmatisme ne doit jamais être séparé de l’idéal, sinon il devient simple gestion sans âme. Mouvement et administration doivent donc conjuguer ensemble idéal et réalisme.
Bétemps adresse ensuite un mot aux femmes, dont il salue l’entrée plus forte dans la vie du Mouvement à l’occasion de ce Congrès. Il espère qu’elles auront une présence active, constructive et durable, et qu’elles apporteront une sensibilité nouvelle, une expérience propre et une manière différente d’aborder les problèmes.
En conclusion, il affirme que le Congrès a consacré, au grand dépit des adversaires, une grande unité de l’Union Valdôtaine. Cette unité est la condition de la poursuite du combat pour la liberté. Il rappelle que la lutte unioniste est avant tout une lutte de peuple, qui a besoin de toutes les compétences, de tous les efforts et de toutes les énergies. Il appelle donc à dépasser les personnalismes, à dissiper les malentendus et à continuer ensemble. Reprenant une formule de Louis de Rougemont, il conclut que « l’avenir est notre affaire » et affirme que l’avenir de la Vallée d’Aoste est l’affaire de l’Union Valdôtaine.

La résolution

L’Union Valdôtaine, dans une ligne de continuité avec les Congrès nationaux de 1979 et 1984, approfondit les raisons de son rôle au sein de la société valdôtaine, dans une perspective qui s’élargit à l’Europe et se fonde sur une vision respectueuse de tous les peuples et fondée sur leur collaboration réciproque.
Pour la réalisation de son projet, elle considère qu’il est avant tout nécessaire de promouvoir une œuvre plus intense de formation et d’information à deux niveaux :
À l’intérieur du Mouvement, par un approfondissement de la conscience et une amélioration de la culture politique de tous ses adhérents ;
Sur le plan des rapports avec l’extérieur, par l’élaboration d’une stratégie d’intégration de tous ceux qui se rapprochent du Mouvement et par l’adoption d’un modèle de comportement exprimant nos principes, afin d’éviter que la croissance nécessaire du Mouvement ne se traduise par des ambiguïtés.
Dans ce cadre, l’Union Valdôtaine procède à une modernisation des formes d’expression et des contenus de son programme, afin de rendre son action plus efficace, en tenant compte de la dynamique sociale, économique et culturelle du contexte actuel.
Dans le but de concrétiser ses principes, l’Union Valdôtaine s’est engagée directement sur le plan politique. D’où la nécessité d’établir des accords avec d’autres forces, dont le choix s’opère, à tous les niveaux administratifs, sur la base de programmes dont l’application doit faire l’objet d’une vérification constante.
Cette présence politique conduit à prendre en compte la question des rapports entre le Mouvement et ses élus. À cet égard, tout en partant d’une distinction des rôles, qui demeure fondamentale, il convient de renforcer une autonomie réciproque qui ne doit toutefois pas déboucher sur une incommunicabilité. À cette fin, le Mouvement doit fournir aux cadres administratifs une formation approfondie et régulière, tandis que les élus ont le devoir d’informer les adhérents de leurs choix, après les avoir concertés, dans leurs grandes lignes, avec les organes compétents du Mouvement. Cette répartition des rôles, qui n’a pas de caractère hiérarchique, attribue aux élus la responsabilité de leur secteur d’activité et au Mouvement une fonction de proposition ainsi qu’un rôle de soutien idéologique et technique.
Dans cette perspective, pourra se réaliser une véritable unité des finalités dans la diversité des fonctions et des opinions, ainsi qu’une mise en perspective des énergies individuelles par rapport au Mouvement, afin d’éviter les personnalismes et de ne pas perdre de vue ce qui nous unit au profit de ce qui nous divise. Unis, nous devons développer notre action dans les cinq années à venir, qui seront déterminantes, notamment en raison des réformes auxquelles nous serons confrontés après 1992. N’oublions pas que cette date n’est qu’une étape : il conviendra d’en évaluer les effets sur le plan législatif et de poursuivre notre engagement pour la construction d’une Europe respectueuse des droits de tous les peuples.
L’Europe s’impose à notre attention en raison des répercussions concrètes que l’application des accords interétatiques aura sur notre vie quotidienne. Dès aujourd’hui, des mesures prises au niveau communautaire concernent directement notre agriculture, notre industrie, en un mot notre économie. Nous devons nous doter des instruments nécessaires pour faire face de manière toujours plus efficace aux mutations en cours, qui modifieront le cadre de notre action et mettront en jeu non seulement la fonctionnalité de nos structures, mais aussi l’expression de notre identité. Nous aurons désormais à dialoguer avec deux interlocuteurs : l’État italien et l’Europe des États.
C’est pourquoi il est nécessaire d’opérer un choix clair, affirmant notre volonté de rester nous-mêmes dans un contexte en évolution. L’Union Valdôtaine choisit le pluralisme :
Sur le plan économique, par un développement équilibré des différents secteurs entre eux et en harmonie avec l’environnement, dans la perspective d’une meilleure qualité de vie pour la personne humaine, qui demeure le fondement de notre projet ;
Sur le plan social, par une intégration réelle des couches défavorisées de la population et par le dépassement de la logique de la réussite à tout prix ;
Sur le plan culturel, par le dépassement du monolinguisme italien et par une action visant à restituer à nos langues ethniques l’espace qui leur revient de droit, condition essentielle et fondement constitutionnel de notre identité ;
Sur le plan politique, par le recours au fédéralisme comme instrument d’analyse d’un pouvoir multiforme, s’exerçant dans tous les domaines, afin de mettre les institutions au service de la personne humaine, et non l’inverse. Cela implique, dans les rapports entre institutions et en vue de leur éventuelle réforme, le respect des autonomies locales et l’encouragement de la coopération entre elles.
Sur ces bases, l’Union Valdôtaine propose la Vallée d’Aoste comme l’un des piliers de la construction de l’Europe des peuples.

Saint-Vincent, les 22-25 novembre 1984

Intervention du président

Joseph-César Perrin

Le document développe une réflexion articulée sur les fondements idéologiques, institutionnels, économiques et culturels du projet autonomiste valdôtain, en l’inscrivant dans une perspective européenne et fédéraliste.
La première partie établit le lien fondamental entre paix, autodétermination et indépendance. La paix est conçue comme indissociable de la reconnaissance des droits des peuples et des nationalités minoritaires, souvent situées aux frontières des États et marquées par les conséquences des conflits. Dans ce cadre, la revendication d’autodétermination apparaît comme un instrument démocratique permettant de dépasser les frontières héritées de l’histoire. La Vallée d’Aoste, à l’instar d’autres réalités comme le Tyrol ou la Savoie, s’inscrit dans cette dynamique. La tradition autonomiste valdôtaine, nourrie notamment par la Déclaration de Chivasso et la pensée d’Émile Chanoux, affirme que le fédéralisme constitue la meilleure garantie pour la paix durable en Europe, en permettant à chaque peuple de préserver son identité. Le fédéralisme est ainsi présenté comme une alternative aux logiques étatiques centralisées, fondée sur la coopération entre peuples et sur un véritable internationalisme.
Le texte insiste ensuite sur la nécessité de clarifier les concepts politiques, souvent confondus, tels que autonomie, fédéralisme ou indépendance. Le projet de l’Union Valdôtaine ne se réduit pas à un séparatisme, mais repose sur une analyse profonde des notions de nation, d’État et de souveraineté. La nation est définie comme une communauté humaine consciente de sa volonté d’exister et de s’organiser, indépendamment de la possession d’un État. À l’inverse, l’État apparaît comme une construction juridique dont la souveraineté est aujourd’hui remise en cause, notamment dans le contexte des rapports de force internationaux. Cette remise en question ouvre la voie à la légitimité des revendications autonomistes.
Le projet valdôtain repose sur deux principes fondamentaux : l’indépendance et la coopération. L’indépendance signifie la capacité de gérer librement ses ressources, tandis que la coopération constitue une limite nécessaire, permettant un développement équilibré et solidaire entre les peuples. Le statut d’autonomie actuel est jugé insuffisant pour atteindre ces objectifs, en raison de ses limitations institutionnelles, financières et internationales.
La solution envisagée est celle d’une autonomie intégrale, fondée sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cela impliquerait la transformation de la Vallée d’Aoste en une entité politique dotée d’un pouvoir constituant, capable de redéfinir ses relations avec l’État italien sur un pied d’égalité. Cette évolution pourrait passer par un référendum et s’inscrire dans une logique fédérale, où certaines compétences seraient partagées à un niveau supérieur. Dans cette perspective, la souveraineté serait volontairement limitée, mais l’autonomie élargie garantirait un développement harmonieux.
Le texte élargit ensuite la réflexion à la situation des minorités en Europe, soulignant que leur condition résulte souvent de décisions historiques imposées. Il affirme que le droit international reconnaît leur droit à l’autodétermination et que la coopération entre mouvements autonomistes, notamment à travers des structures comme l’Alliance Libre Européenne, est essentielle pour renforcer leur action.
La partie consacrée à la période 1979-1984 dresse un bilan politique du mouvement. Elle met en évidence les succès électoraux et institutionnels de l’Union Valdôtaine, tout en soulignant les difficultés liées notamment à l’« affaire du Casino », qui a fragilisé la stabilité politique et l’image du mouvement. Malgré ces tensions, le texte insiste sur les réalisations importantes, comme la conquête de la répartition financière, et appelle à une phase de réflexion et de consolidation. Il souligne également la nécessité de maintenir la stabilité politique et de définir les alliances en fonction des programmes plutôt que des logiques partisanes.
Sur le plan organisationnel, une adaptation des structures internes du mouvement est jugée nécessaire afin de renforcer son efficacité et sa capacité d’action. Cela passe par une répartition plus claire des responsabilités et par une mobilisation accrue des militants, dans un esprit de service et de dépassement des intérêts personnels.
Le document analyse ensuite la montée du centralisme en Europe et en Italie, perçue comme une menace pour les autonomies. Il critique les tentatives de réduction des spécificités régionales et de banalisation des minorités linguistiques, ainsi que les politiques visant à limiter l’application des principes constitutionnels. Face à cette situation, il propose la construction d’un pacte fédératif entre les nationalités présentes en Italie, afin de renforcer leur capacité d’action collective.
Sur le plan économique, le texte développe une critique du modèle capitaliste et de ses effets déséquilibrés. Il met en évidence les risques d’une intégration européenne fondée sur la standardisation et la marginalisation des réalités locales. L’alternative réside dans une stratégie d’autodétermination économique, permettant à la Vallée d’Aoste de valoriser ses ressources et de définir son propre modèle de développement.
Cette stratégie repose sur plusieurs axes : la valorisation du territoire, notamment à travers l’agrotourisme et la protection de l’environnement ; la mobilisation de l’épargne locale pour soutenir l’investissement ; la reconquête de ressources fondamentales comme les eaux ; la réalisation de la zone franche ; et le développement de la coopération.
L’objectif est de construire une économie équilibrée, fondée sur l’agriculture, l’artisanat, l’industrie et le tourisme, en évitant les dérives spéculatives.
Le texte aborde également la question de la qualité de la vie et met en évidence une crise d’identité liée à la modernisation et à l’intégration. La société valdôtaine est confrontée à des phénomènes de désidentification, liés notamment à l’immigration et à l’influence de modèles extérieurs. Cette situation appelle une réponse globale, articulant politiques sociales, sanitaires et culturelles, ainsi qu’une redécouverte des valeurs propres à la communauté.
Enfin, une importance centrale est accordée à l’école et à la culture. La langue et l’histoire sont considérées comme des éléments fondamentaux de la libération du peuple valdôtain. Le texte propose la construction progressive d’une école valdôtaine, fondée sur le bilinguisme et sur la valorisation de la culture locale. Il insiste également sur la nécessité de renforcer les outils culturels, les médias francophones et les échanges internationaux.
Dans cette perspective globale, le projet de l’Union Valdôtaine apparaît comme une démarche cohérente visant à conjuguer identité, autonomie et ouverture, dans le cadre d’une Europe des peuples fondée sur le fédéralisme, la coopération et le respect des diversités.

La résolution

Les délégués de l’Union Valdôtaine, réunis en IIe Congrès national les 22, 23, 24 et 25 novembre 1984, se réjouissent du fait que leur Congrès a constitué un point de référence pour tous les peuples qui luttent pour leur liberté. Des délégations de peuples frères venues de toute l’Europe se sont réunies à Saint-Vincent, se sont penchées sur notre situation et ont travaillé parallèlement à la recherche de solutions aux problèmes communs ; cela nous donne l’espoir de pouvoir réaffirmer notre grand projet, celui d’Émile Chanoux : une Europe des peuples fédérés.
Cependant, le chemin à parcourir reste long et difficile, et des étapes intermédiaires sont indispensables.
La voie vers le fédéralisme passe par l’autodétermination et l’indépendance des futurs États fédérés.
Le IIe Congrès national de l’Union Valdôtaine engage donc le Mouvement à s’engager résolument dans cette direction. Les premières étapes de cette démarche consistent en une demande d’autonomie accrue (application intégrale du Statut d’autonomie, adoption de nouveaux statuts plus favorables aux Valdôtains, proposition de réforme du système constitutionnel italien).
Sans revenir sur l’ensemble des lignes d’action approuvées par ce Congrès, qui constitueront le patrimoine et l’engagement du Mouvement pour les cinq années à venir, la présente motion entend rappeler certains objectifs concrets, indispensables et prioritaires.
1) En ce qui concerne le développement et la sauvegarde de l’autonomie actuelle, le Congrès demande :
La réappropriation effective du domaine régional : réappropriation des eaux, ressource capitale à condition d’être correctement gérée ; solution du problème du Parc national du Grand Paradis, où la Région doit pouvoir exercer ses compétences statutaires sans entraves d’organismes extérieurs ;
Une solution équitable au problème routier, par la construction de l’autoroute, avec une participation financière de l’État italien et de la Communauté européenne proportionnelle à l’utilité de cette infrastructure pour le commerce européen ;
L’application intégrale de l’article 38 du Statut, relatif à l’embauche prioritaire des Valdôtains dans les administrations, ainsi que de l’article 51 de la loi n° 196 de 1978, qui prévoit l’organisation de concours au niveau régional pour toutes les administrations de l’État ;
Le maintien de la répartition financière à hauteur de 9/10, contre toute tentative de réduction à 7/10 ;
L’application de l’article 14 du Statut concernant la zone franche, conçue comme un instrument permettant de renforcer notre spécificité et notre autonomie dans le cadre de l’État italien ;
La reconnaissance pleine et entière du S.A.V.T., afin qu’il puisse exercer ses fonctions au même titre que les organisations syndicales confédérales italiennes, notamment dans le domaine de l’assistance aux travailleurs ;
La réforme de la loi électorale afin que la Vallée d’Aoste puisse, à l’instar des autres régions à Statut spécial, choisir le système le plus adapté pour élire ses représentants, en garantissant notamment la représentation de la communauté walser.
2) En ce qui concerne l’extension des pouvoirs décisionnels : Le Congrès se prononce en faveur de la présentation d’un nouveau projet de Statut d’autonomie, plus large et plus avancé que celui accordé en 1948.
3) Réforme constitutionnelle de l’État italien : Le Congrès soutient avec force les propositions visant à transformer l’État italien en un État fédéral.
Une loi inspirée des principes contenus dans le document « Linee di riforma del sistema costituzionale italiano » devra être élaborée et soumise aux organes compétents.
4) Interventions spécifiques pour le Pays : Le Congrès souligne la nécessité de mesures concrètes dans plusieurs domaines essentiels.
En matière d’identité et de culture, il demande un engagement renforcé pour la sauvegarde des langues ethniques : le français, le francoprovençal, l’allemand et le walser. Il souhaite également la transformation de l’Assessorat à l’Instruction publique en Assessorat à l’Instruction publique et à la Culture, avec des compétences réelles, et le développement d’une école véritablement valdôtaine, tant dans la langue que dans les contenus.
Par ailleurs : Une politique sociale avancée en faveur de la jeunesse (emploi, sport, culture) et du troisième âge ; lutte contre la drogue par la promotion de valeurs, de travail et d’activités créatives ;
Une politique du logement qui ne pénalise pas les Valdôtains au profit d’intérêts extérieurs ;
Une politique de l’emploi visant à créer des postes dans le respect du territoire et de l’équilibre démographique, en soutenant l’entrepreneuriat local et les secteurs technologiques avancés.
En outre : Moderniser l’agriculture, favoriser le remembrement et protéger les produits locaux ;
Promouvoir un tourisme à dimension valdôtaine, respectueux du territoire ;
Garantir la santé publique par des structures adaptées et une révision du plan socio-sanitaire ;
Développer l’artisanat sous toutes ses formes.
5) Organisation du Mouvement : L’Union Valdôtaine s’engage à fournir à ses administrateurs les outils nécessaires à l’exercice de leurs fonctions. Leur définition est confiée à la Conférence des Administrateurs.
6) Sports et traditions : Les sports populaires, partie intégrante de notre identité, doivent être valorisés et soutenus.
7) Orientation politique : Conscient que ses objectifs ne pourront être pleinement atteints qu’avec une majorité absolue, le Congrès :
Réaffirme la nécessité d’alliances fondées sur la cohérence programmatique ;
Invite les Sections à se préparer activement aux prochaines échéances électorales.

Proposition de réforme du système constitutionnel italien

L’expérience des décennies écoulées a mis en évidence les limites du système actuel. L’Union Valdôtaine estime qu’une réforme profonde est nécessaire pour garantir stabilité, efficacité et respect du pluralisme.

La forme de l’État
L’Italie doit évoluer vers un État fédéral, avec un transfert réel de compétences vers les Régions, dotées d’une autonomie politique, législative, administrative et judiciaire. Les compétences fédérales seraient limitées aux domaines essentiels (défense, monnaie, relations internationales).

Les institutions fédérales
Parlement : bicaméral, avec une Chambre élue au suffrage universel et un Sénat représentant les Régions ;
Gouvernement fédéral : dirigé par le chef de la majorité ;
Tribunal fédéral : garant de la constitutionnalité et arbitre des conflits de compétences ;
Président de la Fédération : garant de l’unité et représentant institutionnel.

La magistrature
Organisation garantissant à la fois l’unité du droit et son adaptation aux réalités régionales.

Les régions
Elles deviennent des entités politiques à part entière, dotées de constitutions propres, d’une large autonomie et de capacités d’action, y compris à l’international, notamment pour la coopération transfrontalière. Une attention particulière est réservée aux minorités comme la Vallée d’Aoste.

Considérations finales
Cette proposition s’inscrit dans une vision plus large : celle de la construction d’une Europe des peuples.
La transformation de l’Italie en État fédéral constituerait une étape essentielle vers cet objectif, en valorisant les identités, les cultures et les autonomies.
Ainsi, le projet de l’Union Valdôtaine se présente comme une contribution concrète, réaliste et ambitieuse à la construction d’une Europe fondée sur la diversité, la démocratie et la coopération.

Saint-Vincent, les 23-25 mars 1979

Le rapport du président

Joseph-César Perrin

Le rapport du président s’inscrit comme une analyse politique, historique et doctrinale approfondie du parcours de l’Union Valdôtaine et de la condition de la Vallée d’Aoste dans l’après-guerre. Dès 1945, les autonomistes valdôtains comprennent que le statut d’autonomie proposé par l’État italien ne correspond pas aux attentes du peuple : loin d’une véritable reconnaissance politique, il s’agit d’une décentralisation limitée, conçue dans une logique centralisatrice persistante. Le fascisme institutionnel est officiellement tombé, mais ses mécanismes – centralisme, bureaucratie, marginalisation des minorités linguistiques – continuent de structurer l’État italien.
Dans ce contexte, l’Union Valdôtaine naît comme un instrument de lutte, porteur d’un double objectif : l’autonomie et le fédéralisme. Après plus de trente ans d’activité, le mouvement est amené à s’interroger sur ses résultats. Le bilan est volontairement critique : si l’Union Valdôtaine n’a pas pleinement atteint ses objectifs – en particulier en matière de transfert effectif des compétences et de renforcement de la conscience identitaire – elle a néanmoins joué un rôle déterminant. Elle a contribué à imposer durablement la question autonomiste dans le débat politique et à contraindre même ses adversaires à s’en approprier les principes.
Les causes des limites rencontrées sont nombreuses : identification progressive du mouvement avec l’administration régionale, perte de contact avec la doctrine fédéraliste originelle, isolement vis-à-vis d’autres minorités, divisions internes, influence des partis nationaux italiens. À cela s’ajoute une certaine lassitude militante. Toutefois, ces difficultés ne doivent pas servir d’alibi, mais constituer un point de départ pour une relance politique fondée sur une plus grande cohérence doctrinale et une action renouvelée.
Le rapport affirme la nécessité d’une nouvelle phase politique. Celle-ci implique une radicalisation de l’engagement autonomiste, une réaffirmation de la vocation fédéraliste et une insertion active dans le processus de construction européenne. L’Union Valdôtaine ne peut se limiter à une gestion administrative : elle doit se fixer des objectifs stratégiques, immédiats et à long terme, et orienter toute son action vers leur réalisation. L’objectif final est la construction d’une société fondée sur le fédéralisme intégral et le socialisme libertaire, c’est-à-dire une organisation politique reposant sur l’autogouvernement des communautés.
Le fédéralisme est présenté comme une constante historique du peuple valdôtain, héritée de l’expérience des États de Savoie, où coexistait une unité politique et une large autonomie des territoires. L’Union Valdôtaine se revendique héritière de cette tradition, mais aussi de la pensée de la Jeune Vallée d’Aoste et de figures comme Émile Chanoux. Elle souligne également que des concepts naguère considérés comme marginaux – comme l’autogestion ou le fédéralisme intégral – sont désormais repris par d’autres forces politiques italiennes, preuve de la validité de son approche.
Une distinction essentielle est posée entre la « voie » et les « contenus » d’une société. Les voies possibles sont au nombre de deux : la voie totalitaire, fondée sur l’imposition, et la voie démocratique, fondée sur la participation et le consentement. Pour la Vallée d’Aoste, seule la voie démocratique est envisageable, car elle correspond à son histoire et à sa nature de peuple sans État, en quête de reconnaissance. Cette voie implique de suivre la constante historique valdôtaine : la recherche de l’autonomie et de l’autogouvernement.
Dans cette perspective, les revendications ont évolué progressivement : de la décentralisation à la régionalisation, puis à l’autonomie, jusqu’à la revendication d’une souveraineté politique dans un cadre fédéral européen. L’autonomie actuelle est jugée insuffisante, car elle ne permet pas de répondre aux besoins d’une communauté dotée d’une identité propre et transfrontalière. La solution réside dans le dépassement de l’État-nation et dans la construction d’une Europe fédérale des peuples, où les communautés naturelles seraient les véritables sujets politiques.
Le rapport insiste sur la nécessité d’une coopération supranationale entre régions culturellement proches, comme la Vallée d’Aoste, la Savoie et la Suisse romande. Cette coopération ne doit pas être simplement technique, mais constituer une étape vers une recomposition politique fondée sur l’unité de communautés aujourd’hui divisées par les frontières étatiques.
L’analyse de la situation valdôtaine conduit à la définition d’un état de « colonisation intérieure ». Cette condition se manifeste dans tous les domaines. Sur le plan culturel, on observe une perte de la conscience identitaire et une acculturation progressive, due à l’influence des médias, du système éducatif et à l’absence d’une politique culturelle cohérente. Sur le plan social, l’immigration et les déséquilibres territoriaux entre montagne et plaine fragilisent la société traditionnelle. Sur le plan politique, l’autonomie reste limitée et dépendante. Sur le plan économique, une grande partie des ressources est contrôlée par des intérêts extérieurs.
Face à cette situation, l’Union Valdôtaine doit mener une action globale, simultanée et coordonnée dans tous les secteurs : culture, éducation, territoire, économie, services sociaux. L’objectif est une reconquête progressive de la maîtrise de ces domaines et, à travers elle, de l’autonomie réelle.
La culture valdôtaine est au cœur de cette stratégie. Elle est définie comme une civilisation franco-alpine, fondée sur l’adaptation à l’environnement montagnard et sur l’appartenance à l’aire linguistique francophone. Le rapport appelle à une redécouverte active de cette culture, à travers l’usage quotidien de la langue, la valorisation de l’histoire locale et le développement d’institutions culturelles adaptées.
Le système scolaire est identifié comme un élément central du problème. L’école valdôtaine est décrite comme un instrument d’assimilation, subordonné au modèle italien, incapable de transmettre les valeurs et les connaissances propres à la communauté locale. Elle produit ainsi une aliénation culturelle, privant les individus de leur identité et de leur capacité d’action.
Pour remédier à cette situation, une réforme profonde est proposée. Elle repose sur plusieurs axes : une autonomie législative complète en matière d’éducation, l’adoption du français comme langue principale d’enseignement, l’intégration des contenus culturels valdôtains et une redéfinition du bilinguisme. L’école doit devenir un instrument d’émancipation, capable de former des individus conscients de leur identité et capables d’interagir avec d’autres cultures à partir de leurs propres racines.
Enfin, le rapport insiste sur l’importance de l’engagement concret. Celui-ci doit être à la fois individuel et collectif. Chaque citoyen est appelé à agir dans sa vie quotidienne, notamment en utilisant la langue française dans les relations sociales et institutionnelles. Parallèlement, l’Union Valdôtaine doit renforcer son action politique, promouvoir des réformes et mobiliser la population autour de ses objectifs.
En conclusion, le rapport constitue un appel à la prise de conscience et à la responsabilité. Il affirme que seule une action cohérente, déterminée et partagée permettra de surmonter les limites actuelles et d’atteindre l’objectif final : la construction d’une société fédéraliste, autonome et pleinement consciente de son identité culturelle, linguistique et politique, dans le cadre d’une Europe des peuples.

La résolution

Le Ier Congrès national de l’Union Valdôtaine, réuni à Saint-Vincent les 23, 24 et 25 mars 1979,
– après avoir longuement débattu du programme d’action future de l’Union Valdôtaine ;
– approuve les thèses présentées par le Comité exécutif du Mouvement, enrichies des suggestions apportées par les différents représentants des Sections, comme éléments de base pour sortir de la colonisation culturelle, sociale, politique et économique dans laquelle se trouve notre région et comme premier moyen pour avancer vers notre autodétermination ;
– engage les organes responsables, les conseillers régionaux et communaux ainsi que tous les administrateurs du Mouvement à œuvrer en tenant compte de ces orientations programmatiques.
– demande à tous les autonomistes de s’unir à notre combat dans l’unité du peuple valdôtain.

À ces fins, il invite chaleureusement l’Uvp à unir ses forces à celles de l’Union Valdôtaine afin de poursuivre le but commun de l’unité et du progrès du peuple valdôtain ;
– souhaite que les Dp sachent dépasser leurs positions actuelles axées sur le régionalisme et que, après avoir accepté la doctrine fédéraliste et autonomiste de l’Union Valdôtaine, l’on puisse parvenir à la formation d’un grand mouvement unitaire ;
– réaffirme le principe selon lequel les alliances politiques, étant donné que l’Union Valdôtaine ne dispose pas encore de la majorité absolue et qu’il est nécessaire, pour réaliser au moins en partie notre programme, d’être présents à l’exécutif régional, dépendront toujours et uniquement du comportement et de la volonté des partis stato-nationaux à l’égard de la question minoritaire et statutaire valdôtaine ;
– réaffirme son profond attachement aux principes de la doctrine autonomiste et fédéraliste et s’engage à réaliser la souveraineté politique de la Vallée d’Aoste par des voies démocratiques, afin de répondre à l’aspiration du peuple à l’autogouvernement dans le cadre d’une Europe unie des peuples.

Pour les minorités
– réaffirmant tout d’abord le droit de chaque peuple à l’autodétermination ;
– soulignant que les minorités ne le sont pas par choix, mais à la suite d’impositions de nature diverse ;
– rappelant que la « Déclaration des représentants des peuples des Alpes » (la Charte de Chivasso du 19 décembre 1943) représente l’un des documents politiques et sociaux les plus importants de la Résistance, car elle mettait en évidence la nécessité, dans le cadre d’une structure fédéraliste du nouvel État, de reconnaître les droits fondamentaux des minorités ethniques et linguistiques que le centralisme étatique, à partir de 1861, a niés ;
– considérant que l’article 6 de la Constitution affirme vouloir protéger les minorités linguistiques par des dispositions spéciales, mais constatant que ce principe est resté, dans les faits, lettre morte ;
– constatant également que ces minorités présentent des différences importantes, notamment en ce qui concerne leur situation territoriale, le degré d’aliénation linguistique et leur situation socio-économique ;
– délibère de donner mandat aux représentants élus de l’Union Valdôtaine, dans les différents domaines de la vie politique, d’agir constamment dans une perspective de coopération entre communautés et de promouvoir toutes les initiatives visant à rendre effectif l’article 6 de la Constitution.

Vallée d’Ossola
Le Ier Congrès national de l’Union Valdôtaine, réuni à Saint-Vincent le 25 mars 1979,
– fidèle aux principes du fédéralisme selon lesquels les communautés doivent gérer elles-mêmes leur avenir ;
– conscient que l’autonomie politique et administrative constitue une étape supplémentaire vers la construction d’un nouvel ordre économique et social fondé sur le fédéralisme intégral ;
– constatant que trop souvent les peuples alpins ont été tenus à l’écart des décisions et des programmes, ce qui a effacé leur rôle dans la société moderne.
Se référant aux principes énoncés par Émile Chanoux dans « Fédéralisme et autonomies », qui appellent au respect des droits et de l’histoire de chaque peuple des Alpes ;
– considérant la nécessité d’une action coordonnée et unitaire pour la sauvegarde et la promotion du droit des peuples à l’autogouvernement dans le cadre d’une Europe unie ;
– délibère de lancer une campagne populaire de collecte de signatures en faveur de la création de la région autonome « Val d’Ossola – Cannobina » ;
et d’œuvrer activement, à tous les niveaux où le Mouvement est présent, afin de permettre au peuple du Val d’Ossola de s’administrer lui-même.

Europe
Le Ier Congrès national de l’Union Valdôtaine, réuni à Saint-Vincent le 25 mars 1979,
– après avoir débattu de la position adoptée par la partitocratie italienne à l’égard de la Vallée d’Aoste et, plus généralement, de toutes les communautés, dans le cadre de la loi sur les élections du Parlement européen au suffrage universel direct ;
– estime que, pour parvenir à la construction et à l’intégration politique et économique européenne, il est nécessaire de dépasser le cadre de la souveraineté des États actuels et que le Parlement européen doit se transformer en Assemblée constituante européenne ;
– affirme qu’il est indispensable, à ces fins, que ce Parlement comprenne également des représentants des communautés ethniques et linguistiques ainsi que des mouvements autonomistes et fédéralistes ;
– condamne les partis stato-nationaux qui ont négligé l’article 6 de la Constitution italienne ;
– déclare sa ferme volonté de poursuivre la lutte afin que les droits du peuple valdôtain et des autres communautés soient reconnus à tous les niveaux ;
– décide, en conséquence, de dénoncer à l’opinion publique le comportement des partis italiens, de moins en moins dignes de confiance, responsables de la crise de la société actuelle ou incapables de l’administrer, et désormais marqués par un jacobinisme qui les rend ennemis de toute véritable démocratie ;
– de lancer un message d’autonomie et de fédéralisme qui s’élèvera sur les débris d’un centralisme agonisant et sans espoir, et qui affirme la valeur de la diversité face à la massification ;
– de présenter, dans les cinq circonscriptions électorales italiennes, une liste de l’Union Valdôtaine regroupant les représentants des différentes communautés ethniques et linguistiques présentes dans l’État italien, des groupes autonomistes, culturels et indépendants, et sollicitant le soutien de tous ceux qui ont compris l’inutilité croissante des partis stato-nationaux ;
– d’inviter tous les Valdôtains ainsi que les forces autonomistes, régionalistes et indépendantes à se rallier sous le lion unioniste afin que l’unité d’esprit et d’action nous permette de progresser vers la conquête de nos droits et la construction d’une nouvelle société fédéraliste.

Saint-Vincent, les 11-12 décembre 1976

Un programme pour la Vallée d’Aoste

Le congrès de réunification de Saint-Vincent des 11 et 12 décembre 1976 marque une étape fondamentale dans l’histoire politique valdôtaine. Dans un contexte international caractérisé par la prise de conscience croissante des peuples minoritaires face aux États-nations dominants, la Vallée d’Aoste s’inscrit dans ce mouvement global de réaffirmation identitaire. Le peuple valdôtain reconnaît progressivement les mécanismes d’aliénation culturelle, linguistique et économique dont il a été l’objet, et revendique avec force la reconquête de sa dignité et de son identité à travers l’idéal autonomiste hérité de son histoire.
Cette prise de conscience ne peut cependant s’exprimer efficacement que dans l’unité. Le texte souligne que la libération culturelle, sociale, politique et économique ne peut être le fruit d’actions fragmentées, mais doit résulter d’un engagement collectif de l’ensemble du peuple valdôtain. C’est dans cet esprit qu’est née la réunification des forces régionalistes (Uv, Uvp et Rv), donnant naissance à un mouvement politique unitaire, autonomiste et fédéraliste, capable d’incarner les aspirations profondes de la communauté.
Le programme « La voie unioniste au progrès » se présente comme une alternative aux grands courants idéologiques dominants de l’époque, à savoir le néo-capitalisme et le marxisme. Face à la crise de ces modèles, le fédéralisme apparaît comme une réponse globale et équilibrée, fondée sur les principes d’autonomie, de participation, de coopération et d’autogestion. Il s’agit de replacer l’homme au centre, non en tant qu’individu isolé ou membre d’une classe, mais comme partie intégrante d’une communauté humaine visant le développement harmonieux de chaque peuple.
Le diagnostic posé sur la société contemporaine est sévère. Le néo-capitalisme est accusé d’avoir engendré une société matérialiste, individualiste et spéculative, marquée par la dégradation du territoire, l’abandon des campagnes, la crise de l’agriculture et de l’emploi industriel, ainsi que par l’affaiblissement des services publics. Cette évolution est jugée incompatible avec les valeurs communautaires et humaines que le mouvement entend défendre.
Face à cette situation, l’Union Valdôtaine propose une transformation profonde de la société. Le fédéralisme doit permettre une décentralisation effective des décisions, une gestion directe et humanisée de l’économie et de la société par les travailleurs, ainsi que la sauvegarde des cultures locales. L’objectif est de construire une société fondée sur la participation populaire et le respect des identités.
Sur le plan institutionnel, le texte critique les limites du statut d’autonomie accordé par l’État italien, jugé insuffisant et partiellement inappliqué. Il affirme la nécessité d’une autonomie renforcée et d’une reconnaissance plus large des droits du peuple valdôtain, dans la perspective d’un futur ordre fédéral européen où la Vallée d’Aoste trouverait sa place en tant que communauté distincte.
L’économie occupe une place centrale dans le programme. Il est proposé de reprendre le contrôle du développement économique par une planification démocratique, incluant le contrôle des instruments financiers et la participation à la gestion des entreprises publiques. L’objectif est d’éviter que les choix économiques soient dictés par des intérêts extérieurs à la région.
L’aménagement du territoire est considéré comme prioritaire. La défense du sol contre la spéculation, la protection de l’environnement et la sensibilisation de la population sont des axes essentiels pour préserver la richesse fondamentale du pays. Une nouvelle politique industrielle est également envisagée, privilégiant les petites et moyennes entreprises non polluantes et adaptées aux réalités locales.
L’agriculture doit retrouver un rôle central, en lien étroit avec le tourisme, grâce à la coopération, à la spécialisation et à la valorisation des produits locaux. Le tourisme lui-même doit être repensé, en limitant la spéculation immobilière et en valorisant le patrimoine existant, notamment les villages traditionnels.
Le soutien à l’artisanat et au commerce, la réforme de l’école et la promotion de la culture valdôtaine constituent d’autres piliers du programme. L’école, en particulier, est appelée à jouer un rôle fondamental dans la formation de citoyens conscients de leur identité, avec une place renforcée du français et des cultures locales.
Le texte aborde également des thématiques sociales essentielles : la promotion de la femme, l’engagement des jeunes, la santé publique, les transports, le contrôle des prix et le droit à l’information. Dans tous ces domaines, l’accent est mis sur la justice sociale, la participation et le refus de la logique du profit.
Enfin, la dimension européenne est clairement affirmée. L’Union Valdôtaine inscrit son projet dans la perspective d’une Europe fédérale des peuples, fondée sur l’égalité, le respect des identités et la coopération entre communautés. La Vallée d’Aoste est appelée à contribuer à ce projet en valorisant ses spécificités et en participant activement à la construction d’un nouvel équilibre politique, culturel et social.
Ainsi, « La voie unioniste au progrès » apparaît comme un projet global de transformation, visant à redonner au peuple valdôtain la maîtrise de son destin, dans le respect de ses valeurs et dans l’ouverture à une dimension européenne et universelle.

2xmille