Fondateurs

01 Arbaney

Flavien Arbaney naît à Arnad le 29 février 1888 et consacre sa vie au service des collectivités locales de la Vallée d’Aoste. Géomètre de profession, il met très tôt ses compétences techniques au service du développement de son territoire.
Engagé dans la vie publique, il exerce des fonctions communales importantes, notamment à Doues, où il est élu conseiller puis appelé à assumer des responsabilités exécutives. Son action, interrompue durant la période fasciste, reprend avec détermination à la Libération.
En 1946, il participe à la première commission régionale, contribuant à la reconstruction institutionnelle de la Vallée d’Aoste dans un moment décisif de son histoire. Son expérience et sa connaissance du terrain en font un acteur précieux dans la mise en place des nouvelles structures administratives.
Tout au long de sa carrière, il œuvre à la réalisation de nombreux projets d’intérêt public : amélioration des infrastructures rurales, développement des systèmes d’irrigation, construction de routes et modernisation des équipements collectifs. Son action se caractérise par une attention constante aux besoins des populations de montagne et du monde agricole.
Parallèlement, il s’investit dans la vie associative et culturelle locale, participant notamment aux activités de la fanfare communale et contribuant à la vitalité des traditions, jusqu’à sa mort survenue le 15 janvier 1950.
Reconnu pour son sens du devoir, sa compétence et son intégrité, Flavien Arbaney laisse l’image d’un administrateur proche du territoire, soucieux du bien commun et profondément attaché à sa région. Son engagement a contribué de manière durable au développement et à la cohésion de la société valdôtaine.

02 Berthet

Aimé Berthet naît à Aoste le 20 juillet 1913 dans une famille profondément enracinée dans la tradition valdôtaine. Aîné de quatre enfants, il poursuit des études de lettres à l’Université de Turin, où il s’engage au sein de la Jeune Vallée d’Aoste et de l’Action catholique.
Formé comme officier alpin, il sert durant la Seconde Guerre mondiale, obtenant plusieurs décorations pour mérite et valeur militaire. Partisan actif, il participe aux travaux du Comitato di liberazione nazionale et contribue, dès 1945, à la fondation de l’Union Valdôtaine.
Professeur de lettres et de français à l’Institut Manzetti d’Aoste, puis directeur administratif de l’Hôpital Mauricien, il consacre une grande partie de son activité à la promotion de la langue française et du dialecte valdôtain. Il encourage notamment la diffusion de la revue « L’école valdôtaine ».
Engagé en politique, il est élu conseiller communal d’Aoste en 1946, puis conseiller régional jusqu’en 1967, exerçant les fonctions d’assesseur à l’instruction publique. En 1968, il est élu sénateur, où il se distingue par son travail législatif en faveur des travailleurs, de la justice sociale et des droits civiques.
Européen convaincu, il siège au Conseil de l’Europe à partir de 1969, intervenant sur les questions des droits de l’homme et des minorités. Il soutient également des initiatives culturelles d’envergure, telles que la valorisation du jardin Chanousia et de l’Hospice du Petit-Saint-Bernard.
Homme de culture, membre de nombreuses institutions, il est aussi un écrivain prolifique, publiant de nombreux ouvrages d’histoire, de tradition et de vie locale. Attaché à l’identité valdôtaine, il œuvre au renouveau des chorales et des groupes folkloriques. Quelques semaines avant sa mort, survenue le 27 novembre 1971, il laisse un message empreint d’unité et d’attachement à la « Petite Patrie », invitant les Valdôtains à dépasser leurs divisions pour rester maîtres de leur destin commun.

03 Berton L

Né le 28 mars 1912, Louis Berton, docteur en droit et notaire, fut l’un des fondateurs de l’Union Valdôtaine en 1945, aux côtés de son frère Robert et d’autres figures majeures du mouvement régionaliste. Issu d’un milieu profondément attaché à la culture valdôtaine, il choisit la profession notariale comme forme d’engagement concret au service de la communauté.
Dans l’exercice de ses fonctions, il se distingua par sa rigueur, sa disponibilité et son sens du devoir. Sa courtoisie, sa bienveillance et sa capacité d’écoute lui valurent une large estime. Parfaitement bilingue et fin connaisseur du patois, il devint une référence pour une grande partie de la population, notamment dans les milieux ruraux.
Parallèlement à son activité professionnelle, il mena un engagement constant en faveur de la défense de l’identité valdôtaine, en particulier de la langue française et des traditions locales. Sans rechercher les premiers rôles, il contribua avec discrétion à la diffusion des idées autonomistes et au renforcement du tissu social régional.
Son implication politique se manifesta notamment lorsqu’il fut appelé à exercer des responsabilités institutionnelles au début des années 1950. Il assuma les fonctions d’assesseur régional en 1953 et 1954, puis d’assesseur technique au tourisme, participant ainsi à la gestion culturelle et économique de la Vallée d’Aoste dans une phase délicate de consolidation de l’autonomie.
Retiré progressivement de la vie publique, il demeura fidèle aux idéaux de l’Union Valdôtaine, continuant à soutenir le Mouvement dans les périodes les plus difficiles. Il s’éteint le 8 août 1990 à l’âge de soixante-dix-huit ans, laissant le souvenir d’un homme discret, profondément attaché à son territoire.
Sa mémoire est aujourd’hui perpétuée notamment à La Thuile, où la Maison Musée Berton rappelle l’engagement des frères Berton pour la préservation du patrimoine linguistique et culturel valdôtain.

04 Berton R

Robert Berton naît à Aoste le 14 janvier 1909, ville où il s’éteint le 15 juillet 1998. Professeur de gymnastique de formation, il consacre sa carrière à l’enseignement et à la promotion de l’éducation physique, introduisant notamment la gymnastique corrective et les cours de ski dans les écoles.
Membre fondateur de l’Union Valdôtaine, il s’engage également dans la vie publique locale, devenant conseiller puis assesseur communal d’Aoste dans les années 1960. À ce titre, il se distingue par son engagement en faveur de la sauvegarde du patrimoine urbain, s’opposant notamment à la démolition du Collège Saint-Bénin.
Profondément attaché à l’identité valdôtaine, il consacre l’essentiel de son œuvre à l’étude et à la valorisation de l’architecture traditionnelle. Précurseur dans ce domaine, il s’élève contre l’uniformisation des constructions modernes et défend une approche respectueuse du paysage et de l’histoire locale.
Auteur prolifique, il publie de nombreux articles et une vingtaine d’ouvrages consacrés aussi bien aux grands monuments qu’aux éléments plus modestes du patrimoine : maisons, cheminées, cadrans solaires, portails. Son travail contribue à renouveler le regard porté sur l’architecture valdôtaine.
Parallèlement, il participe activement à la vie culturelle régionale : vice-président puis président d’honneur du Comité des traditions valdôtaines, membre de l’Académie Saint-Anselme d’Aoste et d’autres institutions, il s’investit dans la recherche et la diffusion du savoir.
À partir de 1976, il explore également le domaine de l’onomastique, publiant une étude systématique des noms de famille valdôtains issue du cadastre sarde.
Homme cultivé, rigoureux et passionné, Robert Berton laisse l’image d’un défenseur infatigable du patrimoine et de l’identité de son territoire, dont il a su transmettre la richesse aux générations futures.

05 Berthod

Amédée Berthod naît à Aoste en 1905 dans une famille bourgeoise. Très tôt attiré par les arts, il fréquente l’Académie Albertine de Turin avant de revenir en Vallée d’Aoste, où il choisit de se consacrer à la découverte et à la valorisation de son territoire jusqu’à sa mort, survenue le 29 janvier 1976.
Passionné de montagne, il s’adonne à l’alpinisme et approfondit sa connaissance de la culture locale, notamment à travers la langue française et le patois. Cette immersion dans la réalité valdôtaine nourrit une activité intellectuelle riche et originale.
Peintre, poète dialectal et essayiste, il devient une figure importante de la vie culturelle régionale. Membre actif du Comité des Traditions Valdôtaines, collaborateur et directeur de la revue « Le Flambeau », il contribue à la diffusion et à la valorisation du patrimoine artistique et populaire.
Il joue également un rôle déterminant dans la relance de manifestations traditionnelles, comme la Foire de Saint-Ours, et dans la création du Musée Cerlogne de Saint-Nicolas. Collectionneur passionné, il s’intéresse à l’art valdôtain sous toutes ses formes, publiant plusieurs études consacrées à la sculpture et aux expressions artistiques locales.
Engagé aussi sur le plan politique, il figure parmi les cofondateurs de l’Union Valdôtaine et participe activement à la vie associative et culturelle. Président de l’Evart, il œuvre à la promotion des artistes valdôtains.
Par son activité multiple, Amédée Berthod incarne une figure emblématique de l’intellectuel attaché à ses racines, soucieux de préserver et de transmettre la richesse culturelle de la Vallée d’Aoste.

06 Binel

Lino Binel naît le 15 décembre 1904 à Viéring, hameau de Champdepraz, dans un contexte marqué par une forte diversité culturelle, entre communautés d’origine germanique et présence vaudoise. Fils du vice-directeur des mines locales, il grandit dans un environnement ouvert qui façonne profondément sa vision du monde. À la suite de la mort de sa mère, il s’installe très jeune à Aoste pour y poursuivre ses études.
Après le lycée, fréquenté avec plusieurs figures de la vie intellectuelle valdôtaine, il entreprend des études d’ingénieur aux Polytechniques de Turin puis de Milan, où il entre en contact avec des milieux antifascistes. Diplômé en 1933, il s’engage parallèlement dans l’alpinisme, ouvrant avec son cousin Amilcare Crétier plusieurs voies nouvelles, aux limites de l’exploit.
Ces expériences nourrissent son intérêt pour l’architecture rurale, qu’il considère comme un patrimoine à préserver selon le principe de « Tradition et Progrès ». Auteur d’articles pour la revue du Cai, il développe une réflexion originale sur l’équilibre entre héritage et modernité.
Sensibilisé très tôt aux idées fédéralistes, il adhère en 1927 à la Jeune Vallée d’Aoste et reste profondément marqué par la pensée de l’abbé Trèves. Antifasciste convaincu, il est arrêté une première fois en novembre 1943 pour ses prises de position, puis de nouveau le 18 mai 1944 avec Émile Chanoux, avant d’être déporté en Allemagne jusqu’en août 1945.
Après la guerre, il participe à la fondation de l’Union Valdôtaine et siège comme conseiller régional. Fidèle à ses principes humanistes et fédéralistes, il soutient l’élection de Frédéric Chabod à la présidence du Conseil régional en 1946. Il se retire ensuite progressivement de la vie politique active, tout en restant un observateur attentif et critique.
Ingénieur en chef au bureau technique d’Aoste, il contribue à promouvoir des projets d’envergure, dont le tunnel du Mont-Blanc. Jusqu’à sa mort, le 27 décembre 1981, il incarne une figure intellectuelle ouverte, attachée à la modernité sans renoncer aux racines.

07 Brean

Joseph Bréan naît le 13 octobre 1910 à Aubervilliers, de parents valdôtains émigrés. Rentré en Vallée d’Aoste dès sa première année, il grandit à Brusson avant d’entrer au Petit puis au Grand Séminaire. Ordonné prêtre en 1935, il est d’abord vicaire à la cathédrale d’Aoste, puis nommé en 1939 chanoine de la Collégiale de Saint-Ours, où il exercera jusqu’à sa mort prématurée, le 14 juin 1953.
Figure majeure du clergé valdôtain, il unit une intense activité pastorale à un engagement intellectuel et civique de premier plan. Collaborateur assidu de nombreuses revues, dont la Revue diocésaine d’Aoste, Augusta Prætoria et Le Messager valdôtain, il développe une œuvre riche et variée, allant de l’hagiographie à la réflexion historique, linguistique et politique.
Très actif dans la formation des jeunes, il fonde en 1947 le Cercle de Culture valdôtaine, visant à renforcer la conscience morale, culturelle et civique des nouvelles générations. Membre de l’Académie Saint-Anselme d’Aoste dès 1938, il s’impose progressivement comme un penseur central du régionalisme valdôtain.
Son parcours intellectuel, d’abord marqué par des positions nationalistes, évolue vers une adhésion profonde aux idées autonomistes et fédéralistes, sous l’influence d’Émile Chanoux et de l’abbé Trèves. Engagé dans la Résistance, contraint à l’exil en Suisse, il y approfondit sa réflexion sur le destin de la Vallée d’Aoste et sur le rôle des minorités dans une Europe fédérale.
Après la Libération, il défend une autonomie pleine et critique les limites du premier statut régional, tout en en reconnaissant les avancées. Sa pensée, nourrie de christianisme et d’ouverture universelle, refuse tout repli identitaire et affirme la vocation des petits peuples alpins à conjuguer « Tradition et Progrès ».Auteur de nombreux essais, parmi lesquels Civilisation alpestre, publié à titre posthume, il est reconnu comme l’un des maîtres de la pensée valdôtaine contemporaine. Par la profondeur de sa réflexion et la clarté de son style, il laisse l’image d’un intellectuel engagé, au service de son peuple et ouvert aux enjeux universels.

08 Bovard

Charles-Lucien-Paul Bovard naît à Paris le 27 octobre 1911, dans une famille valdôtaine originaire de Valgrisenche. De retour en Vallée d’Aoste, il suit la vocation sacerdotale et est ordonné prêtre en 1934. Après un début de ministère à Aoste, il devient chanoine de la Collégiale de Saint-Ours en 1937.
Brillant intellectuel et pédagogue apprécié, il enseigne au Petit puis au Grand Séminaire, ainsi qu’au lycée d’Aoste, où il se distingue par son sens du dialogue et son respect des élèves. Il exerce également de nombreuses responsabilités au sein du diocèse et est admis à l’Académie Saint-Anselme d’Aoste en 1938.
Durant la période fasciste, il s’engage dans la défense de l’identité valdôtaine et participe activement à la Résistance. Proche d’Émile Chanoux et de Joseph Bréan, il contribue à la diffusion clandestine de textes fondamentaux du mouvement autonomiste, notamment ceux liés à la Déclaration de Chivasso.
Après la Libération, il joue un rôle important dans le débat politique et culturel. Directeur de l’hebdomadaire Augusta Prætoria à partir de 1945, il en fait un lieu de réflexion engagé sur les enjeux économiques, sociaux et institutionnels de la Vallée d’Aoste. Sous son impulsion, le journal adopte une ligne clairement autonomiste et ouverte aux grandes questions contemporaines.
Membre de la délégation valdôtaine chargée de négocier l’autonomie en 1945, il contribue à l’élaboration d’un projet institutionnel fondé sur des principes fédéralistes. Son engagement se poursuit après la guerre, tant dans le domaine religieux que civique.
Affaibli par la maladie, il se retire en France en 1974, avant de revenir en Vallée d’Aoste en 1990. Il s’éteint le 18 mai 2010 après de longues années de retrait, laissant le souvenir d’un homme de grande culture, profondément engagé au service de son peuple et de son identité.

09 Caveri

Séverin Caveri naît le 29 mai 1908 dans une famille marquée par la culture libérale. Son enfance est itinérante, au gré des affectations de son père, préfet, avant son retour à Aoste en 1926. La rencontre, l’année suivante, avec Émile Chanoux marque un tournant décisif : d’un attachement sentimental à sa terre, il passe à une adhésion consciente à l’autonomisme.
Engagé dès lors dans la Jeune Vallée d’Aoste, il participe à la Résistance et se réfugie en Suisse après l’armistice de 1943, où il renforce ses liens avec les milieux antifascistes valdôtains. De retour à la Libération, il figure parmi les promoteurs d’une consultation populaire sur l’avenir de la Vallée et participe, en septembre 1945, à la fondation de l’Union Valdôtaine, dont il sera longtemps le président.
Dès 1946, il siège au Conseil de la Vallée et s’impose comme l’un des principaux artisans de l’autonomie. Critique à l’égard des limites du premier Statut, il défend une conception exigeante de l’autogouvernement régional. Président du Conseil puis du Gouvernement régional à plusieurs reprises, il joue un rôle central dans la reconstruction et la modernisation de la Vallée d’Aoste.
Député au Parlement italien de 1958 à 1963, puis à nouveau président régional, il poursuit son engagement politique jusqu’à sa mort, survenue le 19 décembre 1977. Son action est marquée par une volonté constante de concilier développement économique, identité culturelle et autonomie institutionnelle.
Parallèlement, il mène une activité intellectuelle importante, publiant essais, récits et études historiques. Ses œuvres témoignent d’une réflexion approfondie sur le particularisme valdôtain, le christianisme social et les transformations de la société alpine.
Homme de conviction et de culture, Séverin Caveri incarne une figure centrale de la vie politique valdôtaine du XXe siècle, alliant engagement public et réflexion intellectuelle au service de son territoire.

10 Deffeyes

Albert Deffeyes naît à Aoste le 25 janvier 1913 dans une famille liée au monde judiciaire et culturel. Orphelin de père dès son plus jeune âge, il poursuit des études de lettres et de philosophie à Turin avant de se consacrer à l’enseignement. Il devient ensuite proviseur des Écoles normales d’Aoste, puis Surintendant aux écoles de la Vallée d’Aoste.
Sa formation intellectuelle se double d’un profond attachement à la montagne, qui joue un rôle déterminant dans son parcours. C’est à travers cette passion qu’il rencontre Émile Chanoux et s’engage dans le mouvement régionaliste de la Jeune Vallée d’Aoste.
Après la guerre, il participe activement à la fondation de l’Union Valdôtaine en 1945 et dirige son organe de presse jusqu’en 1948. Élu conseiller régional en 1949, il devient assesseur au tourisme dans le gouvernement de Séverin Caveri.
Homme pragmatique, attentif aux réalités concrètes, il conçoit l’action politique comme une réponse aux besoins du territoire. Il joue un rôle important dans le développement d’un tourisme moderne, pensé comme complément de l’économie agricole, selon une logique de valorisation durable des ressources locales.
Sa réflexion dépasse toutefois le cadre régional. Convaincu de la nécessité d’une Europe fédérale fondée sur les régions, il voit dans cette organisation la garantie de la survie des minorités. Dans cette perspective, la conquête de l’autonomie valdôtaine apparaît comme une étape d’un projet plus vaste, porteur de paix, de justice et de liberté.
Décédé prématurément le 22 mars 1953, à l’âge de quarante ans, Albert Deffeyes laisse l’image d’un homme lucide et engagé, capable d’unir sens pratique et vision politique. Fidèle à la devise « Tradition et progrès », il a contribué à poser les bases d’un développement harmonieux de la Vallée d’Aoste.

11 Farinet

Paul-Alphonse Farinet naît à Aoste le 22 juillet 1893, au sein d’une famille originaire de Saint-Rhémy-en-Bosses, active depuis le XIXe siècle dans la vie publique et culturelle valdôtaine. Très tôt engagé dans les questions locales, il adhère à la Ligue valdôtaine et au Parti populaire, avant d’obtenir en 1930 un diplôme de droit à l’Université de Turin avec une thèse consacrée au Coutumier valdôtain.
Opposé au fascisme, il refuse toute adhésion au régime. Arrêté en 1944, il parvient à s’évader et trouve refuge en Suisse. De retour après la Libération, il participe à la Commission d’épuration et s’engage pleinement dans la reconstruction politique. Battu aux élections constituantes de 1946, il est élu député en 1948, puis réélu en 1953.
Au Parlement, il assume plusieurs responsabilités, notamment dans les domaines du tourisme et des relations internationales. Il s’investit dans la défense des intérêts valdôtains, en particulier la gestion des ressources hydriques et la protection de la production fromagère locale. Sensible aux enjeux environnementaux, il s’illustre par sa défense de l’intégrité du Cervin face à des projets d’aménagement jugés invasifs.
Son nom reste toutefois étroitement lié à la réalisation du tunnel du Mont-Blanc, projet auquel il consacre une énergie constante. Après des années d’efforts, la convention italo-française est signée en 1953, ouvrant la voie aux travaux. En reconnaissance de son engagement, il est nommé en 1960 président de la société italienne de gestion du tunnel, fonction qu’il occupe pendant plus d’une décennie.
Homme de culture, journaliste et auteur, il publie plusieurs études sur la Vallée d’Aoste, dont une importante synthèse sur le droit local. Il joue également un rôle discret mais significatif durant la Résistance, facilitant notamment le passage en Suisse de Luigi Einaudi.
Décédé le 6 juillet 1974, Paolo-Alphonse Farinet laisse l’image d’un homme engagé, à la fois défenseur de son territoire et artisan de son ouverture vers l’Europe.

12 Lamastra

Joseph Lamastra naît en 1912 et s’impose comme l’une des figures représentatives du régionalisme valdôtain de l’après-guerre. Vétérinaire de profession, il exerce durant de nombreuses années à Morgex, avant de devenir vétérinaire-chef à l’abattoir d’Aoste.
Reconnu pour ses compétences et son sens des responsabilités, il préside également l’Ordre des vétérinaires valdôtains, contribuant au développement et à la structuration de la profession dans la région. Son activité témoigne d’un engagement constant au service du territoire et de son économie.
Parallèlement, il s’investit en politique au sein de l’Union Valdôtaine, dont il est membre du Comité central. Il participe activement à la défense des intérêts de la Vallée d’Aoste et aux débats sur son avenir institutionnel.
Homme concret, proche des réalités locales, il incarne une génération engagée dans la consolidation de l’autonomie et dans le développement des structures économiques et sociales régionales.
Sa vie s’interrompt brutalement le 4 février 1977, à l’âge de soixante-cinq ans, lors d’une journée de ski à Pila. Sa disparition suscite une vive émotion, comme en témoigne l’importante participation à ses obsèques.
Joseph Lamastra laisse le souvenir d’un professionnel estimé et d’un militant fidèle, attaché à sa terre et à ses valeurs, ayant contribué avec discrétion mais efficacité à la vie publique valdôtaine.

13 Ollietti

Félix Ollietti, né en 1880, fut une figure respectée de la société valdôtaine, à la fois par son activité professionnelle et par son engagement civique. Notaire de formation, il exerça son métier avec rigueur et intégrité, mettant ses compétences au service de la communauté.
Dans sa pratique quotidienne, il se distingua par son sens de l’écoute, sa disponibilité et son attachement aux valeurs humaines. Sa courtoisie et sa capacité à instaurer un climat de confiance lui permirent de dépasser les clivages sociaux et de devenir un interlocuteur privilégié pour de nombreuses familles, notamment dans les domaines des successions, des transactions immobilières et de la gestion patrimoniale.
Au-delà de sa profession, il manifesta un attachement constant à la Vallée d’Aoste et à son identité. Proche des milieux régionalistes, il soutint avec fidélité l’action de l’Union Valdôtaine, en particulier dans les périodes les plus délicates de son histoire, contribuant à la défense de la langue française et des spécificités culturelles locales.
Homme de culture et de conviction, il incarna une génération pour laquelle l’engagement civique passait autant par l’exercice de sa profession que par la participation à la vie collective. Son action, souvent discrète, s’inscrivit dans une volonté de préserver l’équilibre entre tradition et modernité.
Sa disparition, survenue prématurément le 15 janvier 1950 à la suite d’une brève maladie, suscita une vive émotion dans la région. Elle fut ressentie comme la perte d’un homme de grande valeur morale et intellectuelle, dont l’apport à la vie valdôtaine fut unanimement reconnu.
Félix Ollietti laisse le souvenir d’un professionnel exemplaire et d’un citoyen engagé, profondément attaché à sa terre et à sa communauté.

14 Page

Ernest Page naît à Saint-Vincent le 3 mai 1888 et meurt à Aoste le 24 février 1969. Après des études au lycée d’Aoste, il obtient à l’Université de Turin un diplôme de droit, avec une thèse sur l’autonomie communale, ainsi qu’un titre de professeur de français, langue à laquelle il restera profondément attaché.
Engagé très tôt dans la défense de la langue française, il participe aux activités de la Ligue valdôtaine. Après avoir servi comme officier d’artillerie durant la Première Guerre mondiale, où il est décoré, il ouvre un cabinet d’avocat à Aoste et s’engage en politique, devenant conseiller communal.
Avec l’avènement du fascisme, il se retire de la vie politique active, tout en poursuivant son engagement associatif, notamment pour la défense du français. Face aux politiques d’italianisation, il rejoint les milieux régionalistes et participe, en 1941, à la fondation du Comité de Libération valdôtaine aux côtés d’Émile Chanoux.
Acteur de la Résistance, il prend part à la réunion de Chivasso en 1943, moment clé dans l’élaboration des principes de l’autonomie. En 1945, il figure parmi les fondateurs de l’Union Valdôtaine. Après la Libération, il siège au Conseil régional et devient assesseur à l’instruction publique.
Dans cette fonction, il œuvre au rétablissement de la toponymie française et à la régionalisation de l’enseignement. Il contribue à la diffusion de la culture valdôtaine, favorisant la publication d’ouvrages et la réorganisation du système scolaire.
Élu sénateur de 1948 à 1958, il poursuit son engagement en faveur de l’autonomie et de la culture régionale. Auteur de plusieurs essais, il développe une réflexion constante sur la langue, l’éducation et les institutions valdôtaines.
Par son action politique et culturelle, Ernest Page s’impose comme l’un des artisans essentiels de la construction de l’autonomie valdôtaine.

15 Stevenin

Jean-Joconde Stévenin naît le 2 février 1865 à Gaby, dans une famille modeste profondément marquée par la tradition religieuse. Formé très jeune à Aoste, d’abord à la Maîtrise puis au Grand Séminaire, il est ordonné prêtre en 1888. Malgré une santé fragile, il se distingue par son intelligence et sa détermination.
Après une brève expérience paroissiale, il est appelé en 1890 à diriger spirituellement le Petit Séminaire, puis devient supérieur de la Maîtrise, fonction qu’il occupe jusqu’en 1908. Il y développe une pédagogie fondée sur la proximité avec les élèves, alliant rigueur et attention humaine.
Figure centrale du catholicisme social valdôtain, il s’engage dans le mouvement de la démocratie chrétienne de la fin du XIXe siècle. Promoteur d’initiatives économiques et sociales, il participe à la création de caisses rurales, de coopératives et d’organismes mutualistes, contribuant à structurer un réseau d’entraide inspiré des principes chrétiens.
Convaincu du rôle du clergé dans la vie publique, il s’implique également en politique locale, devenant conseiller communal puis exerçant des fonctions de syndic à Aoste durant la Première Guerre mondiale. Il joue un rôle actif dans la défense des intérêts valdôtains, notamment en matière de gestion des ressources et de projets d’infrastructure.
Après la montée du fascisme, il se retire progressivement de la scène publique, tout en conservant une influence discrète. Pendant cette période, il demeure une figure de référence pour les milieux régionalistes.
À la Libération, il contribue à la renaissance du mouvement autonomiste et participe à la fondation de l’Union Valdôtaine, avant de s’en éloigner lorsque celle-ci évolue vers une forme plus politique et moins confessionnelle.
Décédé à un âge avancé, le 16 avril1956, il laisse l’image d’un homme complexe et influent, à la fois prêtre, éducateur et acteur majeur du catholicisme social et du régionalisme valdôtain.

16 Viglino

Maria Ida Viglino naît le 18 avril 1915 à Gignod, dans une famille marquée par l’expérience de l’émigration. Elle passe une partie de son enfance à Levallois-Perret, près de Paris, où elle obtient en 1931 un brevet d’enseignement et découvre les idéaux du Front populaire. De retour en Vallée d’Aoste, elle s’inscrit à l’Université de Turin en sciences mathématiques.
Engagée dans la Résistance, elle entre dès 1943 en contact avec le réseau clandestin du Comitato di liberazione nazionale d’Aoste, assurant les liaisons avec Turin. Sous les noms de guerre « Marco » puis « Piera », elle participe activement à la reconstitution de l’organisation après les arrestations de 1944 et en assume la présidence. Arrêtée en mars 1945, elle subit de durs interrogatoires, mais reprend rapidement son activité dès sa libération.
Après la guerre, elle joue un rôle de premier plan dans les négociations pour l’autonomie valdôtaine, participant à la délégation envoyée à Turin en mai 1945. Face aux limites des propositions italiennes, elle adopte une position critique et propose un référendum d’autodétermination. En signe de protestation, elle démissionne de la présidence du Comitato di liberazione nazionale en septembre 1945, avant de participer à la fondation de l’Union Valdôtaine.
En 1946, elle entre au premier Conseil de la Vallée, seule femme parmi ses membres. Accusée après une manifestation en mars 1946, elle doit se cacher quelque temps. Par la suite, elle s’éloigne de la vie politique active, tout en y revenant ponctuellement.
Diplômée en mathématiques en 1951 avec les plus hautes distinctions, elle se consacre à l’enseignement, devenant directrice de l’Institut Manzetti puis proviseur du lycée classique d’Aoste. À partir de la fin des années 1950, elle retrouve un rôle politique important au sein du mouvement régionaliste, contribuant à la réunification qui aboutit, en 1976, au renouveau de l’Union Valdôtaine.
Assesseur à l’instruction publique, elle œuvre en faveur de l’école et de l’identité culturelle. Personnalité réservée, elle cultive aussi une dimension plus intime, notamment à travers la poésie, publiée sous pseudonyme. Décédée le 24 juin 1985, elle laisse l’image d’une femme déterminée, intellectuelle et profondément attachée à son pays.

2xmille