La mémoire, dans toute sa richesse

Avec « 80 anni in Comune », le Celva propose une initiative précieuse : commémorer les premières élections communales libres de l’après-fascisme en Vallée d’Aoste, organisées les 17 et 24 novembre 1946. Cet anniversaire invite à retrouver le sens d’un geste qui nous paraît aujourd’hui naturel : choisir les femmes et les hommes auxquels confier l’administration de sa communauté.
Pour les générations qui n’ont connu ni la dictature ni la guerre, mesurer la portée de cette reconquête demande un véritable travail de transmission. Derrière le retour aux urnes se trouvent des engagements, des sacrifices et la volonté de rendre aux Valdôtains la maîtrise de leur avenir. Les communes, institutions les plus proches des citoyens, occupent une place essentielle dans cette histoire. Les initiatives qui permettent de la faire connaître méritent donc d’être saluées.
Cette ambition appelle aussi une attention particulière à la place de chacun dans les événements commémorés. Le projet de bande dessinée annoncé dans le cadre de ces célébrations met à l’honneur Frédéric Chabod, Émile Chanoux et Maria Ida Viglino. Leur contribution à l’histoire valdôtaine est incontestable. Séverin Caveri ne figure toutefois pas parmi les personnalités annoncées, alors que sa responsabilité institutionnelle le rattache directement à l’anniversaire célébré.
Le 24 octobre 1946, Séverin Caveri fut élu à la présidence de la Vallée, succédant à Frédéric Chabod, qui occupait cette fonction depuis le 10 janvier. Quelques semaines plus tard, lorsque les Valdôtains furent appelés à élire leurs représentants communaux, c’était donc bien Caveri qui présidait la Vallée. À la tête de l’exécutif de 1946 à 1954, puis de 1963 à 1966, il devait exercer cette responsabilité pendant plus de dix ans.
Émile Chanoux, mort le 18 mai 1944, demeure une référence fondamentale de notre pensée autonomiste. Son héritage éclaire cette renaissance démocratique, dont il ne put voir l’aboutissement. Maria Ida Viglino siégea, quant à elle, au Conseil issu du CLN jusqu’au 28 novembre 1946, quatre jours après la seconde journée électorale. Elle retrouva des responsabilités au sein de l’exécutif en juillet 1954, comme assesseure à l’Instruction publique, sans être membre élu du Conseil. Ces parcours méritent d’être rappelés dans leur singularité, en distinguant l’héritage des idées et les responsabilités exercées au moment des faits.
Faire une juste place à Caveri enrichirait ainsi le récit proposé. Reconnaître son rôle ne diminue en rien celui des autres protagonistes : cela permet de restituer plus fidèlement le contexte dans lequel les communes valdôtaines retrouvèrent leurs représentants élus.
Le souhait est donc que cette belle démarche de transmission associe également Séverin Caveri à la mémoire de cet anniversaire. Au-delà des sensibilités politiques et des appréciations que chacun peut porter sur son action, sa place dans cette séquence historique est établie. L’enjeu dépasse l’hommage à une personnalité : il touche à l’exactitude de l’histoire que nous transmettons. Une mémoire commune se construit en donnant à chacun la place qui lui revient.

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