Langue des pattes ? En sommes-nous sûrs ?

À l’occasion du bicentenaire de la naissance du poète patoisant valdôtain Jean-Baptiste Cerlogne le Centre d’études francoprovençales René Willien de Saint-Nicolas a organisé une rencontre « La littérature francoproveçale: vibrations poétiques et (re)lectures contemporaines ».
On a utilisé et le français et le patois et ça a été très intéressant de se confronter avec le monde académique venant de la France et de la Suisse, mais aussi de plusieurs autres Pays du monde (même de la Russie, du Canada et du Japon).
J’ai eu l’occasion de présenter des textes en francoprovençal de la zone de Lyon, l’auteur en était une femme qui, entre le XIIIe et le XIVe siècle, a écrit deux œuvres en patois pour parler de la matière la plus importante pour les hommes et les femmes du Moyen âge, c’est-à-dire pour parler de Dieu. Et alors, pouvons-nous dire que le patois n’est qu’une langue de la pratique ? Qu’il n’est qu’une langue pour le travail ? Est-il seulement une « langue des pattes »?
Cette patoisante, qui parlait de Dieu en utilisant la langue de son peuple, écrivait avec des images poétiques qui sont très proches aux images que Dante a utilisées dans le dernier chant de son Paradis. Dante et Marguerite, à la même époque, ont décidé de ne pas écrire en latin, mais d’utiliser, dans la Divina Commedia et dans le Speculum, une langue plus facile à comprendre pour la majorité de leurs lecteurs, une langue qui parlait au cœur.
Tous les deux ont souligné, plus ou moins avec les mêmes images poétiques et la même puissance d’expression, la difficulté de voir Dieu et de le comprendre.
Vu que Dante est universellement connu comme un grand poète, pourquoi ne pas considérer aussi la force expressive de Marguerite ?
Le volgare de Dante et le patois de Marguerite sont deux exemples admirables qui nous démontrent la puissance poétique que la langue parlée et comprise par le peuple peut atteindre. Et alors, pourquoi ne pas produire et lire des textes en patois ? Pourquoi ne pas penser d’écrire des poésies en patois ? Pourquoi ne pas écouter et relire la poésie de certains très intéressants poètes patoisants valdôtains comme Eugénie Martinet, Magui Bétemps et Marco Gal ? En effet si on utilise la langue du cœur on peut tout exprimer.
Jean Louis Crestani
