L’Autonomie en partage : peuples et territoires

Les 5 et 6 juin, à Gandia, dans le Pays valencien, l’Alliance libre européenne tenait son congrès, réunissant les peuples frères du continent: de la gauche républicaine de Catalogne aux autonomistes de l’Union Valdôtaine, jusqu’aux conservateurs flamands de la N-VA. La rencontre a offert un espace de dialogue rare entre sensibilités très diverses, permet- tant d’échanger expériences, stra- tégies et projets institutionnels. Deux d’entre eux y arrivaient à un moment charnière: les Gallois et les Corses.
Les premiers venaient de gagner les élections régionales. Le 7 mai, Plaid Cymru a signé le meilleur résultat de son histoire, devenant pour la première fois la force dominante du Parlement gallois (43 sièges sur 96). Le Labour, qui dominait la vie politique galloise depuis un siècle, s’est effondré à 9 élus. Surtout, le clivage a changé de nature: le duel n’oppose plus travaillistes et conservateurs, mais le parti autonomiste à la droite dure de Reform UK. Le même jour, en Écosse, le SNP gardait la tête pour un cinquième mandat, confirmant que les mouvements régionalistes et indépendantistes continuent d’occuper un rôle central.
Les seconds, venus de l’île de Corse, attendaient leur échéance. Le 23 juin, en France, l’Assemblée nationale a inscrit un statut d’autonomie de la Corse dans la Constitution, par 271 voix contre 202. Une brèche dans un modèle français réticent à tout pouvoir législatif local. Le vote n’a pourtant pas suivi les lignes habituelles: une partie du camp gouvernemental et de la gauche a soutenu le texte, tandis que la droite et l’extrême droite s’y sont généralement opposées. La route reste longue et escarpée: il faut encore franchir le Sénat, le Congrès aux trois cinquièmes, une loi organique, puis le vote des Corses. Mais le premier pas est fait.
Ensemble, ces deux épisodes disent une recomposition plus large: partout en Europe, la ligne de partage politique ne suit plus les camps idéologiques traditionnels, mais oppose le centralisme étatique à la reconnaissance des territoires.
C’est là que se mesure leur espace: des forces capables de se ranger du côté des identités, bien sûr, mais surtout du côté des personnes et des petites communautés qu’elles représentent et défendent. Le pays de Galles et la Corse viennent de le rappeler.
