Les feux de la Saint-Jean et de la Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Les feux d’été trouvent probablement leur origine dans les anciens rites du solstice. En Vallée d’Aoste, comme dans de nombreuses régions d’Europe, ils ont traversé les siècles sous la forme des feux de la Saint-Jean et de la Saint-Pierre-et-Saint-Paul, deux moments d’un même cycle de fête, liés autrefois à la protection des maisons, des troupeaux et de la terre. Plus tard, on leur attribua aussi une utilité bien concrète: celle de combattre les insectes nuisibles aux récoltes et aux vignobles.
Leur importance dans la vie communautaire apparaît clairement dans les chroniques de la presse valdôtaine. En 1889, par exemple, elles racontaient qu’au soir du 24 juin toute la plaine centrale de la Vallée semblait se transformer en un vaste amphithéâtre de feux de joie. Certains brillaient au loin sur les hauteurs d’Émarèse, de Saint-Vincent, d’Allein, d’Aymavilles et d’Introd; d’autres, plus proches, illuminaient Brissogne, Charvensod, Gressan et les pentes au nord d’Aoste. Même les localités de montagne les plus éloignées n’étaient pas en reste. Le soir du 29 juin, pour la Saint-Pierre, le même spectacle se reproduisait.
Si aujourd’hui la plupart des localités valdôtaines célèbrent surtout les feux de la Saint-Pierre-et-Saint-Paul, à Gressoney-Saint-Jean, à Épinel de Cogne et dans quelques autres villages, la tradition demeure attachée au 24 juin. À Épinel, on cueille encore au petit matin les fleurs de la Saint-Jean, déposées ensuite sur les portes des maisons pour les protéger des incendies.
Ces feux annoncent toujours l’arrivée de l’été et, chez nous surtout, la montée aux alpages (inarpa) des troupeaux et des bergers, qui y demeureront près de cent jours avant de redescendre vers la Saint-Michel, le 29 septembre. Plus qu’un simple héritage transmis de génération en génération, ils restent l’une des expressions sociales, culturelles et économiques les plus profondes de l’identité valdôtaine.
Mauro Caniggia Nicolotti

Italo Mus
I fuochi di san Giovanni
anni ’30
Avec l’aimable autorisation de l’Hôtel Bellevue, Cogne.

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