Les fonctions préfectorales du président de la Vallée

Il faut préserver précieusement la figure du président de la Région (ou mieux, du président de la Vallée) en raison de cette particularité de notre système régional qui prévoit depuis 1945 – avec l’abolition du Préfet – qu’une grande partie des fonctions préfectorales incombe à cette figure. Ces mêmes décrets lieutenanciels abolirent la « Province d’Aoste », donnant à la Vallée une forme de proto-régionalisme fort (malheureusement pas de fédéralisme), confirmée par le Statut d’Autonomie spéciale.
Certains, comme la députée Elisa Tripodi du mouvement « Cinq Étoiles », ont déjà prôné le retour du Préfet ; aujourd’hui, c’est Alberto Zucchi, pour « Frères d’Italie », qui suit cette voie. L’extrême gauche et l’extrême droite s’unissent ainsi dans une logique anti-régionaliste préjudiciable à une particularité de l’ordre juridique valdôtain.
En 1944, dans la « Gazzetta ticinese », alors qu’il était en exil en Suisse, Luigi Einaudi – le grand économiste piémontais qui deviendra plus tard Président de la République – écrivait un article célèbre dans lequel il préconisait l’abolition des préfets et des provinces. Le seul endroit où sa proposition s’est concrétisée – avec la suppression du Préfet et l’abolition de la Province – reste la Vallée d’Aoste. Einaudi écrivait : « Perciò il delenda Carthago della democrazia liberale è: Via il prefetto! Via con tutti i suoi uffici e le sue dipendenze e le sue ramificazioni! Nulla deve più essere lasciato in piedi di questa macchina centralizzata; nemmeno lo stambugio del portiere. Se lasciamo sopravvivere il portiere, presto accanto a lui sorgerà una fungaia di baracche e di capanne che si trasformeranno nel vecchio aduggiante palazzo del governo. Il prefetto napoleonico se ne deve andare, con le radici, il tronco, i rami e le fronde ».
Une vision fédéraliste qui demeure un exemple en Vallée d’Aoste ; quiconque vise à rétablir un Préfet le fait avec une vision centralisatrice erronée et irrespectueuse du particularisme et du droit valdôtains.
Joël Farcoz

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