Les raisons de la ténacité des Valdôtains

On pourrait se demander pourquoi les Valdôtains s’entêtent à défendre les particularités qui caractérisent leur pays en tant que minorité. Ces raisons sont d’ordre historique, économique et social, et elles sont toutes strictement fondées sur le droit et la justice.
La terre de la patrie est celle des pères, la terre de leurs foyers et de leurs tombeaux. Aussi son nom sort-il du leur et associe-t-il, dans la même résonance, les idées de famille, d’héritage et de paternité. La patrie est un foyer. Ce n’est pas parce que cette terre est à nous qu’elle est notre patrie, mais parce qu’elle a appartenu à nos ancêtres. Ils ont fondé ses villes et ses villages, bâti ses églises et ses maisons, tracé les routes et les canaux, aménagé pour leurs descendants ce foyer où chacun se sent si pleinement chez soi, comme dans une maison paternelle. La patrie est aussi une mère. C’est par cet aspect surtout que le sentiment de la patrie, se greffant sur l’idée de famille ou de foyer qu’évoque la nation, donne à cette idée un relief si puissant, chargé de tant de richesses affectives, que seul le nom de mère paraît capable de répondre à la plénitude de son sens. La patrie est en effet celle à qui nous devons ce que nous sommes, celle qui nous a investis, dès notre naissance, d’un patrimoine immense de biens matériels et surtout spirituels, qu’on ne se lasse pas d’honorer et d’admirer, ainsi que de toute la partialité d’un amour qui ne se discute pas parce qu’il naît de la chair et du sang, comme celui de l’enfant pour sa mère. Voilà comment la patrie nous parle au cœur. Réalité vivante, qui appelle un amour ardent et mérite tous les sacrifices, elle recueille de la part de ses fils cette tendresse et ce culte que tout cœur bien né voue à sa mère.
Les choses étant ainsi, il en résulte que les Valdôtains, en défendant leurs particularités ethniques et linguistiques et en revendiquant leurs droits à l’autonomie, défendent le droit et la justice. Voilà pourquoi il est clair qu’en travaillant, en luttant, en se dévouant, en se sacrifiant pour le triomphe de la Question valdôtaine, on n’agit pas sous la poussée d’un caprice ou d’un entêtement injustifié, mais on se sacrifie pour la plus noble des causes : la sauvegarde du peuple.
Joseph Bréan
* 13 octobre 1910 / + 14 juin 1953
Tiré de Une cause noble – Aoste, 1973
