L’identité n’est pas un mur : c’est une porte

Récemment, le dernier livre de mon ami Christian Sarteur Les mains noires du prêtre m’a accompagnée pendant plusieurs semaines. En le lisant, en l’analysant et en le présentant au public, je me suis surprise à réfléchir à un mot que nous utilisons souvent sans toujours nous arrêter sur son sens profond : l’identité.
Lorsqu’on parle d’identité valdôtaine, il arrive que l’on se tourne vers les souvenirs : les villages d’autrefois, les veillà, la Foire, les anciens métiers, les langues de nos parents et de nos grands-parents. Tout cela est précieux. Tout cela fait partie de nous.
Mais l’identité ne peut pas vivre uniquement dans la nostalgie. Une identité vivante ne se conserve pas comme un objet derrière une vitrine. Elle se transmet, se transforme et rencontre d’autres expériences sans perdre son âme.
Cette réflexion me vient aussi de mon histoire personnelle. J’ai grandi à Verrès, une commune de passages et de rencontres. Lorsque j’étais enfant, mes camarades de classe avaient des origines calabraises, siciliennes, vénètes, lombardes ou toscanes. Pour moi, c’était simplement la normalité.
Avec le temps, j’ai compris combien ces rencontres m’avaient enrichie. Elles ne m’ont jamais éloignée de mon identité valdôtaine. Au contraire, elles m’ont aidée à mieux la comprendre. J’ai découvert que l’on peut accueillir d’autres cultures sans renoncer à la sienne. On peut rester profondément valdôtain tout en regardant le monde avec curiosité.
Cette idée m’est revenue lors du Festival des Cultures de Verrès. Dans une commune de moins de trois mille habitants vivent aujourd’hui des personnes issues de près de quarante nationalités différentes. Certains pourraient y voir une menace pour notre identité. J’y vois au contraire une occasion de la faire vivre.
L’identité ne s’affaiblit pas lorsqu’elle rencontre l’autre. Elle s’appauvrit lorsqu’elle cesse de dialoguer.
Le français, le patois et l’italien ne sont pas seulement des instruments de communication. Ils sont une manière d’habiter le monde, de raconter notre histoire et de transmettre une sensibilité.
À Verrès, j’ai compris une fois de plus que l’identité n’est pas un mur : c’est une porte que l’on ouvre sans oublier la maison dont on vient.
Tiziana Balma

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