L’Internationale des Montagnes et la Vallée d’Aoste

« Les peuples de montagne se ressemblent tous : bien qu’ils parlent une langue différente, la fatigue de la pente et le respect de la nature font d’eux les citoyens d’un même pays. »
Cette phrase de Mario Rigoni Stern peut être le point de départ politique d’une réflexion à laquelle nous, Valdôtains, ne pouvons pas échapper.
Alors que les glaciers du Népal et du Tibet se transforment en bassins de rupture à haut risque, que les glaciers des Alpes reculent et que nos parois deviennent instables, notamment en raison de la dégradation du permafrost, la diplomatie internationale peine à trouver des réponses concertées. Signe préoccupant de notre époque : de grands discours sur le destin des glaciers, mais moins d’attention pour ceux qui vivent en contrebas.
Les grandes « Internationales » du XXe siècle — politiques, idéologiques, économiques — ont échoué, et la situation géopolitique actuelle le démontre.
Aujourd’hui, un nouveau contexte nous impose d’avoir de nouvelles idées : le changement climatique et ses conséquences.
Alexander von Humboldt, naturaliste et explorateur, écrivait : « C’est dans les grandes chaînes de montagnes de la planète que l’on lit le grand livre de la Terre : ce qui se produit sur les sommets du monde préfigure toujours le destin des plaines. »
Des Andes à l’Himalaya, de l’arc alpin aux grandes chaînes de montagnes d’Asie et d’Amérique, les défis sont communs : l’isolement, la difficulté de garantir les services essentiels, la fragilité des infrastructures, la dépendance vis-à-vis des conditions météorologiques, ainsi que la nécessité de préserver les patrimoines culturels face au dépeuplement.
Le changement climatique s’accélère et exige non pas des dénonciations sur ce qui se passe ou se passera, mais de l’action concrète, sans lamentations inutiles.
Dans les Alpes, la fonte des glaciers remet en question l’économie de la neige, modifie les équilibres hydriques, accroît certains risques hydrogéologiques et touche directement les réserves d’eau des grands bassins du Pô et du Rhin.
Au Népal et dans la région de l’Himalaya, les urgences sont humanitaires : les phénomènes naturels peuvent détruire des villages et des infrastructures, faisant des populations des réfugiés environnementaux.
Comme l’observait Élisée Reclus, géographe du XIXe siècle : « La montagne est un maître exigeant qui enseigne la solidarité : face à ses parois et à ses abîmes, les hommes découvrent qu’ils appartiennent à une seule et même patrie, qui est la Terre elle-même. »
Je milite pour une Internationale des Montagnes inscrite dans une perspective juridique et culturelle. En 2002, à l’occasion de l’Année internationale des montagnes, les régions montagneuses du monde ont eu l’opportunité d’échanger. Cet élan s’est éteint, ayant laissé trop de place à une bureaucratie stérile.
Il faut désormais un réseau concret de territoires, de communautés, d’institutions, d’universités et d’entreprises capables de travailler ensemble.
Je pense à la Vallée d’Aoste. Une petite région alpine qui pourrait jouer un rôle. Des projets sont nécessaires : échange de connaissances, recherche scientifique partagée, systèmes communs de surveillance, formation, protection civile, gestion de l’eau, prévention des risques, nouvelles formes de tourisme compatible et politiques luttant contre le dépeuplement.
Ce serait formidable de pouvoir dire : nous répondons présent !
La montagne n’est pas la périphérie du monde. Elle constitue l’une de ses infrastructures naturelles fondamentales, y compris pour la plaine.
Quelles belles paroles que celles d’Émile Javelle, écrivain suisse : « Sur les cimes, il n’y a pas de frontières ; il n’y a que la grande patrie des hauteurs, où les hommes se reconnaissent comme frères avant même de se demander d’où ils viennent. »
Et ils ont l’habitude de se retrousser les manches.
Luciano Caveri

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