Sous le signe de saint Grat, quatre-vingts ans de Communes libres

Le 7 septembre est une date qui occupe une place particulière dans le cœur des Valdôtains. C’est la fête de saint Grat, patron de la Ville et du diocèse d’Aoste, une figure profondément enracinée dans notre histoire, dans notre foi et dans cette civilisation alpine dont les signes accompagnent encore aujourd’hui nos villages, nos chapelles et nos communautés.
Mais le 7 septembre appartient aussi à notre histoire civile et institutionnelle. C’est en effet le 7 septembre 1945 que furent promulgués les deux décrets du lieutenant du Royaume, n° 545 et n° 546, qui posèrent les premières bases de l’organisation autonome de la Vallée d’Aoste après les années du fascisme et de la guerre.
Il est donc particulièrement significatif que, cette année, la fête de saint Grat rassemble dans la Cathédrale d’Aoste les syndics des 74 Communes valdôtaines, accompagnés de leurs gonfalons.
Une image qui parle d’elle-même.
Car nous célébrons en 2026 un autre anniversaire fondamental : les quatre-vingts ans de la reconstitution des Communes valdôtaines, du rétablissement des administrations locales et du retour aux dénominations historiques que le régime fasciste avait supprimées, modifiées ou italianisées. Quelques mois plus tard, les 17 et 24 novembre 1946, les Valdôtains purent à nouveau choisir librement leurs administrateurs communaux.
Après vingt années de dictature, retrouver les Communes signifiait retrouver bien davantage qu’une organisation administrative. Cela voulait dire rendre aux communautés leur voix, leur nom, leur histoire et leur capacité de décider.
Émile Chanoux avait parfaitement saisi la valeur profonde de cette institution lorsqu’il écrivait :
« La Commune est après la famille le premier organisme social qui lie l’homme à l’homme et qui lui fait sentir sa nature d’être sociable. »
Ces quelques mots disent beaucoup de la conception valdôtaine de la Commune. Elle n’est pas seulement le premier niveau de l’administration publique : elle est une communauté humaine, un lieu d’appartenance et de responsabilité, le premier espace où chacun prend conscience de faire partie d’une collectivité.
Voilà pourquoi les 74 gonfalons réunis aujourd’hui dans la Cathédrale ne sont pas de simples symboles protocolaires. Derrière chacun d’eux il y a une communauté, grande ou petite, avec son histoire, ses villages, ses traditions, ses particularités et cette extraordinaire diversité qui, mise ensemble, compose la Vallée d’Aoste.
Depuis quatre-vingts ans, beaucoup de choses ont changé. La société s’est transformée, les compétences des administrations se sont multipliées et les besoins des citoyens sont devenus toujours plus complexes. Mais une chose demeure : la Commune reste l’institution la plus proche de notre peuple. C’est celle à laquelle le citoyen s’adresse directement, celle qui connaît le territoire, ses fragilités et ses besoins, celle où l’administration a encore un visage et un nom.
Dans une petite région de montagne comme la nôtre, défendre les Communes signifie donc défendre un principe qui est au cœur même de notre conception de l’Autonomie : les décisions doivent pouvoir être prises le plus près possible des communautés auxquelles elles s’appliquent.
La présence de tous les syndics à Aoste, en ce 7 septembre, rappelle ainsi que l’Autonomie valdôtaine ne vit pas seulement dans les textes législatifs ou dans les institutions régionales. Elle vit d’abord dans nos Communes, dans la participation des citoyens, dans le sens de responsabilité de ceux qui administrent et dans le lien quotidien entre une communauté et son territoire.
À quatre-vingts ans de ces premières élections libres, le meilleur hommage que nous puissions rendre à celles et ceux qui reconstruisirent la démocratie valdôtaine est de continuer à faire vivre cet héritage.
Et peut-être n’y avait-il pas de jour plus symbolique que celui de saint Grat pour voir réunies, sous les voûtes de la Cathédrale d’Aoste, les 74 communautés de notre Vallée : différentes par leur histoire et leurs dimensions, mais unies par une même appartenance et par une même volonté de rester protagonistes de leur avenir.
