S’unir pour être « maître chez nous »

Un des sentiments profondément enracinés dans les générations qui nous ont précédés fut certainement l’amour de la terre natale. Ce sentiment devenait encore plus évident lorsque les Valdôtains émigraient. En effet, combien d’entre eux ont su transmettre à leurs enfants cet amour qui les liait à leur Vallée d’origine.
Sur la terre étrangère tous, instinctivement, se sentaient avant tout Valdôtains et ils s’unissaient pour mieux s’entraider. Les nombreuses Unions Valdôtaines, disséminées dans le monde, le prouvent encore aujourd’hui.
Et nous qui n’avons pas connu les tristes départs, l’éloignement, le dépaysement, nous qui avons le bonheur de vivre sur notre terre, savons-nous encore l’aimer ?
Que veut dire aimer son pays, sinon le défendre contre n’importe quelle forme de spéculation et de colonisation ? Et pour le défendre, n’est-il pas indispensable, essentiel que tous les Valdôtains s’unissent et en finissent, une fois pour toutes, avec les divisions qui, de tout temps, n’ont servi qu’à les affaiblir toujours plus ?
Que de fois, depuis la Libération, les Valdôtains ont répété : « Maîtres chez nous ». Mais, pour être « Maîtres chez nous », il faut, avant tout, s’accorder, s’unir, vivre en harmonie et ne vouloir que le bien de la Communauté.
S’unir pour mieux résister à toutes les attaques contre nos principes et notre idéologie ; vivre en harmonie pour mieux défendre nos droits : c’est le seul choix que nous puissions faire pour l’avenir de notre Vallée et pour la survie de notre peuple.
Et lorsque, dans deux mois, le moment sera venu de faire ce choix dont dépendra notre futur dans une société en proie à la démagogie et au terrorisme, nous voulons espérer que tous les Valdôtains sauront s’unir dans l’Union Valdôtaine réunifiée. Car si, encore une fois, nous disperserons nos voix, l’avenir de ce pays que nous aimons nous échappera et nous serons, à nouveau, victimes des compromissions et des chantages, toujours plus éloignés de ce « Maîtres chez nous » dont nous avons si souvent rêvé.
Maria Ida Viglino
* 18 avril 1915 / + 24 juin 1985
Tiré de Le Peuple Valdôtain du 28 avril 1978
