Toutes les Aoste du monde

Imaginez un instant que le nom d’Aoste n’appartienne pas seulement à notre ville valdôtaine, avec ses murailles romaines et l’Arc d’Auguste.
Imaginez qu’il ait voyagé loin, se transformant en Aoste, Aouste, Valdosta, laissant des traces dans des villages français, dans des rêves coloniaux et jusque sous le soleil de la Géorgie américaine.
Tout part du latin Augusta, titre impérial que les Romains donnaient aux villes fondées ou refondées en l’honneur de l’empereur. Ainsi, à côté de notre Augusta Praetoria Salassorum, on trouve Aoste, en Isère, petit bourg français aux traces gallo-romaines. Plus au nord, dans les Ardennes, se trouve Aouste, village de champs et de forêts dominé par une église fortifiée dédiée à Saint-Rémi. Et encore, dans la Drôme, Aouste-sur-Sye, agglomération préalpine aux maisons claires et aux toits rosés.
L’histoire ne s’arrête pourtant pas là. En 1940, durant la brève saison coloniale italienne, on annonça même une « Aoste d’Éthiopie » : un centre agricole qui aurait dû naître dans le Harar, dédié au duc d’Aoste, vice-roi, et à notre ville. Les journaux en parlèrent, on imagina même un gonfalon envoyé depuis l’Italie, mais la guerre enterra rapidement le projet.
Puis, comme dans un jeu de miroirs inattendus, le voyage traverse l’Atlantique. Aux États-Unis, en Géorgie, existe Valdosta, ville de plus de 50 000 habitants. Son nom dérive de « Vallée d’Aoste », appellation donnée au XIXe siècle à une plantation. Là-bas, parmi les magnolias et le climat subtropical, subsiste un écho très lointain de notre vallée alpine.
Voici donc la petite famille des Aoste du monde. Chacune avec son caractère, ses paysages et ses histoires. Peut-être faudrait-il un jour les réunir, autour de ce même nom ancien qui continue encore aujourd’hui à les relier.

Mauro Caniggia Nicolotti

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