Une loi pour la nouvelle émigration valdôtaine

Que faisons-nous réellement pour nos jeunes ? Comment rendre la Vallée d’Aoste plus attractive afin qu’ils puissent choisir d’y rester, d’y revenir et d’y construire leur avenir ? Et, lorsqu’ils ont choisi de vivre ailleurs, comment maintenir avec eux un lien vivant, capable de devenir une richesse pour toute notre communauté ?
C’est autour de ces questions que s’est développée, jeudi 24 septembre, dans la Salle Ducale de l’Hôtel de Ville d’Aoste, la conférence.
Autour de la table, Michela Ceccarelli, Joël Desayeux et Sara Trova, rejoints en visioconférence par Giuliano Meroi depuis Taïwan et Manuela Conversano depuis le Canada. Luciano Caveri a animé et modéré une soirée qui a permis de croiser les chiffres avec les expériences personnelles de celles et ceux qui ont choisi de partir et, dans certains cas, de revenir.
L’introduction de Michela Ceccarelli a offert une comparaison particulièrement intéressante entre l’émigration d’autrefois et celle d’aujourd’hui. Autrefois, on quittait souvent la Vallée par nécessité, parfois en raison de la pauvreté, à la recherche d’un travail et de conditions de vie meilleures. Aujourd’hui, on parle plus volontiers de mobilité : on part pour saisir de nouvelles opportunités, pour se former, pour progresser professionnellement, mais aussi à la recherche d’une reconnaissance davantage fondée sur le mérite et d’un meilleur équilibre entre travail et vie personnelle, ce work-life balance qui constitue désormais un élément déterminant dans les choix des nouvelles générations.
Les chiffres présentés au cours de la soirée donnent la mesure du phénomène. Plus de 8 500 Valdôtains vivent aujourd’hui hors d’Italie et leur nombre continue d’augmenter. La France reste la première destination, suivie par la Suisse et le Royaume-Uni : une géographie dans laquelle notre bilinguisme constitue sans aucun doute un atout, notamment dans le choix des pays francophones. Sur la période 2006-2024, plus de 4 000 départs ont été enregistrés contre environ 1 800 retours.
Derrière les chiffres, toutefois, il y a avant tout des personnes. Les témoignages qui ont suivi l’intervention de Ceccarelli l’ont rappelé avec force : certains vivent encore loin de la Vallée, parfois à des milliers de kilomètres, tandis que d’autres ont choisi de revenir et d’y construire une nouvelle étape de leur parcours. Des expériences différentes, mais traversées par un constat commun : partir ne signifie pas nécessairement rompre le lien avec sa terre d’origine.
C’est précisément de là qu’est née l’idée au cœur de la rencontre : imaginer une loi consacrée aux réseaux des émigrés valdôtains dans le monde, dont l’Union Valdôtaine puisse se faire promotrice. Un cadre capable non seulement de maintenir le lien culturel et identitaire avec celles et ceux qui vivent ailleurs, mais également de mettre en relation compétences, expériences professionnelles, entreprises, universités et réalités économiques.
Les participants ont tous exprimé leur disponibilité à contribuer à la définition des besoins et des instruments qu’une telle norme devrait contenir. L’objectif évoqué au cours de la soirée est celui de dépasser une vision de l’émigration fondée uniquement sur le souvenir et la nostalgie, pour construire un réseau contemporain et actif.
Car la nouvelle émigration valdôtaine nous pose finalement une double question : comment créer les conditions pour permettre à nos jeunes de rester ou de revenir, et comment faire en sorte que ceux qui vivent ailleurs continuent à faire partie de la Vallée ?
Créer un réseau signifie précisément cela : rapprocher des territoires parfois très éloignés, faire circuler les expériences et les compétences, relier les économies et, surtout, continuer à relier les personnes.
